Trémeau Bernard - dimanche 23 janvier 2005
La France est un des pays au monde où la syndicalisation des salariés est la plus faible. Mais la France est aussi un des pays du monde où la force syndicale détruit le plus l’économie.
Tout d’abord, les responsables syndicaux ne sont pas payés par les cotisations des syndiqués. Des lois font qu’ils sont devenus de véritables fonctionnaires. Par exemple, EDF verse à ses syndicats 1 % de son chiffre d’affaire, une somme fabuleuse, quel que soit le nombre des syndiqués. Le magot est depuis longtemps récupéré par la CGT, et il sert à payer les salaires de toute une équipe de responsables syndicaux très dynamiques, qui défendent avec l’énergie que l’on connaît les droits acquis des salariés d’EDF.
Ensuite, une autre loi protège le responsable syndical et lui assure pratiquement un emploi à vie dans l’entreprise. En effet, comme certains patrons licenciaient les responsables syndicaux, une loi est venue protéger ces syndicalistes. Ils ont pratiquement un emploi à vie comme les fonctionnaires. On raconte même que, si vous risquez de perdre votre emploi, il est utile de prendre d’urgence des responsabilités syndicales. On vous conservera.
De plus, depuis 50 ans, toute une immense réglementation a été produite par l’État, réglementation qui contraint les employeurs et les salariés à agir d’une certaine façon, et pas d’une autre. Le Code du Travail donne pratiquement sa solution à tous les conflits qui peuvent survenir dans une entreprise entre employeur et salarié. Aussitôt qu’un conflit nouveau non soumis aux réglementations étatiques survient, on rajoute quelques paragraphes au Code du Travail.
Il est évident qu’avec un tel monument, où tout cherche à être prévu dans toutes les entreprises, l’État ne laisse plus une grande marge de manœuvre aux employeurs et aux salariés. La liberté de discussion a pratiquement disparu entre eux. Chaque parti se retranche derrière les textes légaux. Quand un désaccord apparaît, on ne discute plus pour trouver une solution négociée. On confie le contentieux à l’arbitre prévu, qu’il soit inspecteur du travail ou juge au tribunal.
C’est ainsi que cinq ans après la fermeture d’une usine et le licenciement de son personnel, un juge décide que ce licenciement était illégal et demande à l’entreprise fermée de réembaucher les licenciés. Comme tout est prévu par la loi, employeurs et salariés ne sont plus libres d’agir. Les salariés ont l’impression que les syndicats ne servent plus à rien, la loi les remplace. À quoi bon se syndiquer ?
Enfin, dans tous les secteurs de l’économie soumis à la concurrence, toute action syndicale rendant l’entreprise moins compétitive est une action suicidaire. Avec l’Europe, la mondialisation et l’ouverture des frontières aux produits étrangers, la concurrence augmente fortement. La concurrence rend le syndicat uniquement contestataire dangereux. On ne se syndique plus.
Par contre, dans nos monopoles d’État bien français et non soumis à la concurrence, une grève à l’Éducation nationale, à EDF ou à la SNCF est possible. L’entreprise ne sera pas éliminée. Un combat s’engage alors entre les grévistes et l’État responsable de l’entreprise. Très souvent, dans ce combat, l’État cède et le ministre responsable « saute ». Ainsi, les salariés de l’entreprise maintiennent leurs « droits acquis » ou en obtiennent même un nouveau. L’action de leur syndicat est bénéfique pour eux : elle fait passer des poches des contribuables à leurs poches l’argent contrôlé par l’État. Elle leur est utile, le nombre des syndiqués y est plus élevé…
Si nous voulons que les « forces vives » de la nation ne soient plus des forces de destruction, il faut d’urgence supprimer les contraintes qui restreignent les libertés. Il faut remplacer le code du travail totalitaire et sclérosé par des contrats d’entreprise individualisés et évolutifs. Il faut supprimer les coûteux monopoles d’État pour réintroduire la concurrence.
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