Martoïa Bernard - mercredi 22 mars 2006
Des volontaires patrouillent la frontière mexicaine pour intercepter des immigrants illégaux. Ils sont aussi désespérés que ceux qu’ils tentent d’appréhender. Pourquoi en est-on arrivé à la création d’une milice en Arizona ? George Bush a qualifié ces patriotes de « vigilantes » ! Le terme est une référence peu flatteuse aux vigiles qui étaient employés par les patrons pour traquer les syndicalistes infiltrés dans la main-d’œuvre saisonnière. En 1936, John Steinbeck consacra à cette lutte sans merci, dans les vergers de Californie, un livre intitulé « Dans une bataille équivoque. » Ce premier tome, d’une trilogie consacrée à la classe ouvrière, fut suivi par « Des Souris et des Hommes » en 1937 et « Les Raisins de la Colère » en 1939.
Le projet Minuteman est à l’origine de cette milice dont le siège est à Tombstone en Arizona. La symbolique est forte en choisissant cette ville mythique du Far West. La célèbre fusillade se déroula, le 26 octobre 1861, quand le shérif Wyat Earp, ses deux frères et Doc Holliday tuèrent les trois frères Clanton qui sortaient de OK Corral (une écurie) qui donne sur Main Street. Le clan des Clanton faisait régner la terreur en ville. Comme l’État fédéral ne pouvait dépêcher des troupes pour rétablir l’ordre, les citoyens s’organisèrent en recrutant les meilleurs tireurs.
La présence des Mexicains est inhérente à la création de ces États du Sud. L’entrée de l’Arizona dans l’Union est récente. Le président Howard Taft signa, le 14 février 1912, son adhésion en tant que quarante-huitième État de l’Union. Les Mexicains travaillaient et repartaient chez eux avec un pécule. Cet épisode est connu sous le sobriquet des « Cinq C » en référence à leur travail dans cinq secteurs : construction, copper (cuivre), citrus (citron), cattle (troupeau) et cotton (coton).
Jusqu’à une époque récente, l’Arizona et le Nouveau Mexique ont été relativement épargnés par l’afflux de migrants qui choisissaient des points d’entrée faciles que constituent le Rio Grande ou la côte du Pacifique. La donne a changé depuis que la Californie et le Texas ont durci leur législation en matière d’immigration. La Californie a adopté la proposition 187 qui dénie toute aide sociale aux gens sans papier. Un mur en tôle a été érigé à la frontière. Malgré le danger mortel que représente le désert de Sonora avec l’insolation, la déshydratation et les morsures de crotales, l’Arizona est devenu le point d’entrée principal sur le territoire américain. 261 immigrés sont morts, l’an dernier, dans ce désert. Débordés par cette invasion que ne maîtrisent plus les gardes-frontières, les citoyens de l’Arizona s’organisent. Après leur journée de travail, ils vont se poster sur des buttes d’où ils observent ce désert où des gens risquent leur peau pour une vie meilleure que la leur.
La libéralisation du commerce en Amérique du Nord depuis le traité NAFTA en 1994 n’a pas réduit les inégalités de salaires. C’est même le contraire qui s’est produit. Pour une journée de travail de huit heures, un ouvrier agricole gagne 3,60 $ au Mexique contre 66,32 $ aux Etats-Unis. L’Arizona a durci sa législation avec l’adoption de la proposition 200 qui dénie toute aide de l’État aux gens qui ne peuvent prouver leur nationalité. Mais cela ne suffira pas pour endiguer le flux. La population d’origine latino-américaine qui était de 19 % en 1990, a grimpé à 25 % en 2000 !
Que sera-t-elle en 2010 ? L’inquiétude gagne les rangs de l’establishment. Le sénateur John McCain est contesté par des radicaux comme Graf, Pearce et McKee qui veulent ériger un mur à la frontière et imposer l’anglais comme unique langue officielle. L’espagnol serait banni des espaces publics ! La peur est réelle que l’Arizona devienne la colonie de son ancienne colonie. Que faire, si ce n’est se protéger en érigeant un mur comme en Israël ?
Une nation riche est une chaloupe en haute mer que tentent de rejoindre des naufragés. Elle coule si elle accepte trop de monde à son bord. Le capitaine doit alors prendre la courageuse décision d’abandonner les survivants à leur sort. C’est ce genre de personnage que de nombreux électeurs des nations développées recherchent. Il existe une solution alternative pour éviter le naufrage : ouvrir sa cale aux produits agricoles des pays pauvres. De cela ne veulent point les Américains et les Européens qui sont pourtant les plus exposés à devenir les colonies de leurs anciennes colonies…
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