Milliere Guy - mercredi 07 juin 2006
Les diplomaties européennes demandent au gouvernement américain d’engager des négociations avec l’Iran. Le Premier ministre français, se prenant pour Napoléon, pensant comme Pétain, a dit que l’option militaire n’était pas envisageable, et que la France s’y opposerait. On a des principes dans les palais parisiens ! Ce sont, comme voici bientôt quatre ans, les mêmes que ceux de Moscou et Pékin.
Nombre de journalistes commencent à faire comme si le fanatique et raciste Président iranien était un homme raisonnable et comme s’il fallait s’inquiéter, plutôt, de ce qui risque de se décider à Washington ou du côté du gouvernement israélien. L’histoire montre que l’apaisement vis-à-vis de dirigeants fanatiques et racistes a toujours été un échec. À Munich avant la Seconde Guerre Mondiale. Quelques années plus tard, Roosevelt a cru à la parole de Staline et, selon l’expression de Churchill, « un rideau de fer » s’est abattu au milieu de l’Europe et il faudra attendre plus de trois décennies pour qu’un autre président américain adopte une posture plus ferme et obtienne l’effondrement de l’empire soviétique : Ronald Reagan, à l’époque, traîné dans la boue. C’est parce que Kennedy lui semblait inexpérimenté et peu déterminé que Khrouchtchev a provoqué la crise des missiles en 1962 et a pu empocher une promesse américaine de ne plus rien tenter contre Castro. C’est parce que Johnson n’a pas suivi les recommandations de ses généraux que l’armée américaine s’est enlisée au Vietnam. C’est parce qu’il a prôné la « coexistence pacifique » et la « détente » que Jimmy Carter a pu assister en spectateur à la plus grande avancée planétaire du communisme sur la surface de la terre. C’est parce que le même Carter croyait que tout le monde est gentil qu’il a abandonné le shah d’Iran avant de se montrer très ouvert vis-à-vis de la république islamique : résultat, une prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran qui a pris fin avec l’arrivée au pouvoir de Reagan. Bill Clinton, prêt à reconnaître le régime des mollahs, n’a essuyé que rebuffades et humiliations. Bush ne ressemble pas à Carter ou à Clinton. Les Européens essaient donc de lui donner tort. Mais Bush ne les écoutera pas. Les chiens vont continuer d’aboyer, mais la caravane passera quand même. Une intervention militaire contre l’Iran est-elle imminente ? Je l’ai pensé. On l’a pensé à Washington. Je ne le pense plus.
D’abord, il est clair qu’Ahmadinejad souhaiterait la confrontation. D’une part parce qu’il est mentalement dérangé et semble croire que l’apocalypse est proche et que le douzième imam va bientôt arriver, d’autre part parce qu’il sait que la population iranienne rejette le régime en place et qu’une attaque pourrait susciter un réflexe nationaliste. Aucun cadeau ne doit être fait à Ahmadinejad et aux mollahs, le pourrissement du régime doit se poursuivre jusqu’à la chute. Il est clair par ailleurs que la chute est tout à fait possible : l’Irak (on ne le dit pas en France, je sais) avance vers la stabilisation et un pays majoritairement shiite, ouvert et stable, pourrait donner des idées aux Iraniens. On oublie, en supplément que la population iranienne est composée pour moitié de Turkmènes, d’Azéris, de Kurdes et d’Arabes dont ni la langue, ni les traditions ne sont respectées par le régime. On peut raisonnablement penser, en outre, que le capital intellectuel et technique dont dispose le régime n’est pas de qualité optimale : l’Iran est un gros producteur de pétrole, mais dispose de si peu de savoir faire qu’il doit importer trente pour cent de ses carburants et se révèle incapable de créer de nouvelles raffineries.
Ce qui vaut pour les carburants vaut très vraisemblablement pour le nucléaire. Le mécontentement des Iraniens de l’intérieur fait qu’en supplément, l’essentiel des informations requises sur le programme atomique iranien sont disponibles pour les États-Unis. L’administration Bush va continuer à laisser Ahmadinejad vociférer et à laisser les Européens parler, le temps et l’évolution de la région jouent en faveur de la liberté. S’il devait s’avérer absolument nécessaire de mettre fin au jeu en cours et de siffler la fin de la partie, une seule heure de bombardements ciblés et intensifs sur les installations cruciales suffirait. En attendant : on continuera de parler en Europe, c’est sûr…
16 commentaires - Ecrire un commentaire
|