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Lettre ouverte à MM. Jean-Daniel Lévy, de l'Institut CSA, et Frédéric Daby, de l'IFOP


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Courrier - dimanche 04 avril 2010

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Les raisons de la colère

Lettre ouverte à MM. Jean-Daniel Lévy, de  l'Institut CSA, et Frédéric Daby, de l'IFOP

Messieurs,

Pour compétents que vous paraissiez être par vos appartenances professionnelles, je ne trouve pas que votre analyse des raisons d'une abstention record comporte des éléments très nouveaux ; cette  analyse, politiquement correcte, prouverait en fait que votre appartenance professionnelle vous sépare de facto d'une partie très profonde et très importante d'une certaine opinion : celle du monde libéral et indépendant.

En effet , la France est d'abord et institutionnellement partagée en deux populations, comme l'avait bien souligné voilà des années M. Barre : le peuple exposé et le peuple protégé

Peu à peu , par les nombreuses associations qui interviennent sur Internet, le peuple exposé, celui qui peut perdre son patrimoine en entreprenant, perdre son travail par la faillite de son employeur, financer une retraite minable par répartition dont il n'a jamais approuvé le principe et sur laquelle il n'avait et n'a aucun choix ; celui qui peut être harcelé par une administration qui utilisera toutes les armes en ses pouvoirs, que ce soit sur le plan fiscal ou social ; celui qui travaille parfois 70 heures par semaine pour tenter de réussir ou de sauver son entreprise ; celui que les syndicats, essentiellement du secteur public, traitent d'exploiteur et d'affreux capitaliste ; celui qui sera exploitant agricole et devra chaque année définir sa production ou remettre en cause ses précédentes options ; tout ce monde actif, silencieux parce que trop occupé ou angoissé : ce peuple-là en a marre ! Pourquoi ?

Parce qu'il sait maintenant comment le monde institutionnel de son pays vit à ses crochets. Il sait que près de la moitié de la richesse créée par lui finance les rémunérations de la fonction publique ; et qu'en plus il doit financer les retraites et les réversions avantageuses de la même fonction publique et des élus.

Il sait que les élus se sont voté des parachutes en or, qu'ils soient députés nationaux, sénateurs ou députés  européens, et que ces parachutes sont financés par les impôts qu'il paye.

Il sait que lorsqu'il épargne pour prévoir les accidents de la vie et ses  compléments de retraite, il est sanctionné dans la moindre de ses décisions de gestion.

Il sait que les énarques, pour avoir une seule fois dans leur vie réussi un examen, seront toute leur vie des privilégiés, pantouflant dans de grandes entreprises aux salaires gigantesques et aux stocks option monstrueux, nantis de retraites complémentaires financées par les épargnants pendant 30 ans, cumulant comme les élus des postes qui « complèteront » sans vergogne leurs revenus, etc.

Les français qui sont à la peine tous les jours commencent maintenant à tout savoir et lorsqu'ils sont dépourvus de solutions démocratiques, soit ils s'abstiennent de voter, soit, quelles que soient leurs sensibilités politiques d’origine, ils votent pour un parti que les hypocrites de tous bords ont diabolisé : le Front National.

M. Sarkozy avait trois ou quatre mois pour décider, sans compromissions, les réformes les plus urgentes pour notre pays, réformes qui, en Allemagne, ont été accomplies par un socialiste. Or M. Sarkozy n'a pas osé entreprendre ce pour quoi le peuple exposé de France l'avait élu.

Voilà , Messieurs la grande colère de plus de la moitié des français et vous n'en parlez pas !

Jean-François Dufour


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