Lance Pierre - dimanche 14 novembre 2004
George « Deubeliou » Bush a donc été réélu Président des États-Unis. Preuve supplémentaire que les peuples ont les gouvernements qu’ils méritent. La carte électorale de ces élections est instructive. Ont voté Bush les États de l’Amérique profonde, conservatrice et bigote du Centre et du Sud. Ont voté Kerry les États plus évolués et plus ouverts sur le monde de la Côte Est et de la Côté Ouest. Les uns comme les autres ont les défauts de leurs qualités et les qualités de leurs défauts. Mais ils sont tous des Américains fiers de l’être et convaincus de former la première puissance du monde. Un peu trop convaincus même, parfois. À nous de faire avec. La réélection de Bush n’a rien de catastrophique aux yeux d’un libéral européen. Certes, on ne peut pas s’en réjouir vraiment, car on souhaiterait un champion du libéralisme qui soit d’une autre envergure et d’une plus grande cohérence philosophique. Mais peut-on demander cette cohérence à un évangéliste dévot ? Autant lui demander de comprendre quelque chose à Lamarck, Darwin ou Nietzsche. Inutile d’essayer. La base philosophique du libéralisme se situe très au-delà des limites de son esprit. Il suffit de constater qu’un « liberal » américain est considéré comme étant de gauche tandis qu’un « libéral » français est considéré comme étant de droite, pour mesurer l’abîme qui sépare les deux termes, aussi profond que l’Atlantique. En anglais, « liberal » signifie : « généreux, aux idées larges ». En français, « libéral » signifie : « favorable à la liberté, partisan de la liberté individuelle en matière économique et politique ». D’où il résulte que le « liberal » anglo-saxon est plutôt socialiste tandis que le « libéral » français est plutôt capitaliste. Amusant n’est-ce pas ? Une prise de conscience philosophique devrait amener à comprendre que les deux interprétations peuvent être complémentaires et pourraient permettre de s’échapper de la balançoire gauche-droite qui, en France comme en Amérique, voue le monde politique à une démarche titubante. Mais ce n’est pas pour demain. Des deux côtés de l’Atlantique, nous sommes voués à l’alternance pour longtemps encore. Une alternance entre une sorte de peste et un genre de choléra. « Mais vous êtes pourtant de droite ? » me dira-t-on. Certes ! Mais je ne suis de droite que parce que je ne suis surtout pas de gauche. Et, parce que de deux maux, il faut choisir le moindre. En réalité je suis d’avant-garde, laquelle n’est ni à gauche ni à droite… puisqu’elle est devant. Et, profondément, je suis un libéral.
Voter contren’est pas voter pour
Le libéral n’est généreux qu’avec son propre argent. Le socialiste est généreux avec l’argent des impôts, c’est-à-dire avec l’argent des autres. À ce compte-là, générosité devient chose facile. Mais elle débouche inexorablement sur l’étatisme et le collectivisme, qui écrasent l’individu, ruinent la société, corrompent la civilisation. Dans la mesure où John Kerry aurait voulu pratiquer une certaine dose de socialisme, le libéral (à la française) que je suis est en droit de se réjouir qu’il ait mordu la poussière. Un de nos lecteurs, qui éprouve quelque difficulté à comprendre ce que j’écris (mais il progresse), me reproche d’avoir soutenu John Kerry. Je n’ai jamais soutenu Kerry. J’ai seulement rejeté Bush, et c’est bien différent. Et je ne l’ai pas rejeté pour des raisons économiques, mais parce qu’il a déclenché une guerre absurde en se croyant missionné par Dieu-le-Père. Bush est très dangereux parce qu’il est probablement sincère. Et rien de tel que d’être sincère pour faire un excellent menteur. Bush et ses conseillers ont menti effrontément aux Américains, tout le monde le sait. Car rien n’est plus facile que de mentir à des Américains. Ils sont disposés à avaler toutes les couleuvres, pour peu qu’elles soient enveloppées dans la bannière étoilée, elle-même trempée dans l’eau bénite. Arc-boutés sur la tragédie du 11 septembre, les « Bushmen » ont prétendu que Saddam avait partie liée avec Ben Laden, qu’il possédait des armes de destruction massive et s’apprêtait à s’en servir, toutes affirmations aussi mensongères que possible. Les électeurs de Bush ont-ils deviné qu’on leur avait menti ? Probablement, mais ils s’en moquent, car leur morale se résume à ceci : « Dieu et mon droit du plus fort ». Une morale chrétienne au stade médiéval. De quoi désoler, je l’espère, un chrétien européen. Il n’y a pas que les musulmans qui ont cinq siècles de retard.
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