Trémeau Bernard - mercredi 23 août 2006
Toute action d’un gouvernement sur l’économie, modifie la valeur de sa monnaie.
- Quand il impose des contraintes aux entreprises, il augmente leurs prix de revient. Et nous payons tous plus cher ce que nous achetons. En 1945, pour créer la Sécurité Sociale des salariés, le gouvernement français a imposé aux entreprises les charges sociales. Il a déclenché une très forte inflation qui a réduit le pouvoir d’achat des Français. Par contre, quand un gouvernement impose les revenus des particuliers, il réduit la demande. Son action est alors déflationniste.
- Quand un gouvernement accorde des subventions aux entreprises (ou réduit leurs charges) les prix baissent. En Tunisie, une subvention aux boulangers avait rendu le pain pratiquement gratuit. Mais les Tunisiens ont alors nourri leur bétail avec ce pain et la subvention a été arrêtée. Par contre, quand un gouvernement distribue des revenus à des particuliers qui ne produisent rien (comme les chômeurs ou les retraités), il augmente la demande et son action est inflationniste.
- Quand une entreprise est nationalisée, elle n’est plus soumise à la concurrence. Elle est protégée par un monopole d’État. La concurrence ne la contraint plus à réduire en permanence ses prix de revient et à améliorer sa productivité pour rester compétitive. Le monopole d’État est inflationniste. Et, en 2006, près de 50 % de l’économie française est toujours nationalisée. Tant que la quantité de monnaie mise sur le marché augmente au même rythme que l’offre, la monnaie reste stable. Une progression plus rapide de la quantité de monnaie en circulation est inflationniste, une progression moins rapide est déflationniste.
La Banque Centrale Européenne (la BCE) a reçu des gouvernements européens une mission très précise : maintenir l’inflation de l’euro en dessous de 2 %. Pour obtenir ce résultat, la BCE régule la quantité de monnaie qu’elle prête aux banques privées qui en font la demande. Quand elle augmente ses taux d’intérêts (les « taux courts ») le prix du crédit augmente : les entreprises et les particuliers empruntent moins d’argent. Moins de monnaie est mise sur le marché. À l’inverse, une baisse des taux courts rend le crédit moins coûteux. Entreprises et particuliers empruntent plus d’argent et le font en général pour investir : améliorer les capacités de l’outil de travail ou acheter un appartement.
La démagogie est toujours inflationniste
La monnaie ainsi utilisée exerce finalement une pression déflationniste. Par contre, un gouvernement qui emprunte pour financer ses dépenses courantes a une action inflationniste.
Pour s’opposer à l’inflation, la BCE met moins de monnaie sur le marché et la progression du pouvoir d’achat de la population est automatiquement réduite. L’offre s’adapte à cette demande. Les entreprises, actuellement soumises à la concurrence étrangère, poursuivent leurs investissements de productivité, mais ne font plus d’investissements de capacité. Elles n’embauchent plus, voire licencient. Le chômage apparaît. Dans une telle situation, les tentatives de relance par une augmentation de la demande sont vouées à l’échec, car elles augmentent l’inflation, donc contraignent la Banque Centrale à réduire encore plus la quantité de monnaie émise.
D’autres politiques économiques semblent possibles.
Soit on supprime les contraintes inflationnistes sans les remplacer par des contraintes non inflationnistes. On diminue ainsi les interventions de l’État sur l’économie. C’est la solution adoptée par l’Irlande. Soit on remplace les contraintes inflationnistes par des contraintes non inflationnistes. On ne réduit pas les interventions de l’État, mais on permet à la BCE de faire progresser plus rapidement le pouvoir d’achat. Soit, enfin, on privilégie les mesures déflationnistes (par exemple en augmentant certains impôts tout en subventionnant les entreprises les plus performantes), accélérant ainsi la progression du PIB. Dans les deux derniers cas, le chômage diminuera et c’est seulement la surchauffe qui contraindra la BCE à augmenter ses taux courts. Maintenir au nom de la « sociale » une politique économique inflationniste, c’est créer une véritable injustice sociale, l’exclusion, avec en prime plus de pauvreté pour tous.
Site Web de la BCE : http://www.ecb.int/ecb/html/index.fr.html
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