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Menou Pierre - lundi 19 septembre 2011

dsk
République des pires ou pire des Républiques ?

Comme l’écrit Christophe Barbier dans L’Express, « Il faut aux Français une grande vertu démocratique pour ne pas s’écrier "Tous pourris !" quand on s'aperçoit qu'il y a des pourris dans chaque camp. »

Reste à savoir s’il s’agit d’une vertu démocratique ou d’un fatalisme, ou pire : d’une compréhensive lâcheté, qui tolère la pourriture du personnel politique parce que, finalement, la France entière se complaît peu ou prou dans la combine et dans la fraude.

« A gauche, un cacique est suspecté d’association de malfaiteurs, un autre commande des pizzas par wagons. A droite, un ancien président est jugé pour emplois fictifs et dépeint comptant des liasses dans son bureau, un ex-Premier ministre est accusé d’avoir réceptionné des tambours africains bourrés de billets, un autre d’avoir profité de rétrocommissions sur des ventes d’armes… », constate Christophe Barbier. « Partout, les systèmes dévoilent leurs rouages, les langues se délient, les intermédiaires bavardent et les bénéficiaires s’indignent. On nous prédisait une bataille de boules puantes pendant la présidentielle, mais n’est-ce pas toute la campagne qui est nauséabonde, n’est-ce pas la politique qui est pestilentielle ? »

Un autre remugle particulièrement déplaisant de ce monde politique qui se pense au-dessus des lois, au-dessus du vulgaire, au-dessus du populo (ah, ce beau mépris lorsqu’ils évoquent le « populisme »…) a encore empuanti l’atmosphère dimanche soir, avec le spectacle donné sur TF1 par Dominique Strauss-Kahn, auquel Claire Chazal, une amie de sa femme et de lui-même, servait la soupe sur TF1.

Le même jour, le Journal du Dimanche avait publié un sondage montrant que 53 % des Français souhaitent que ledit Strauss-Kahn se retire de la vie politique. « L’ex-patron du FMI a d’ores et déjà fait savoir qu’il souhaitait intervenir sur d’autres sujets, comme la crise financière. Faut-il y voir une reconversion en futur conférencier économique ? »

La thèse abracadabrante du complot

Cette image de grand argentier, de maître de l’économie, est le nouvel habit que tâchent de lui tailler les médias : Claire Chazal, dans la deuxième partie de son interview sur TF1, l’interrogeait sur ce chapitre après l’avoir laissé sans presque l’interrompre, encore moins le contredire, donner sa version de l’affaire du Sofitel new-yorkais.

Qu’a-t-il pourtant prouvé en cette matière ? Les 35 heures sont si bien attachées à Martine Aubry que l’on a oublié qu’il en était le premier inspirateur. Il fut ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur dans les gouvernements Cresson et Bérégovoy, ministre de l’Economie sous Jospin : a-t-il laissé un si bon souvenir ? Patron du FMI, on nous l’a présenté comme le sauveur de la Grèce : est-elle sauve ?

Sa plaidoirie pro-domo sur le plateau de Claire Chazal n’a en tout cas pas convaincu. Sur le site de Libération, on peut livre : « L'interview de Dominique Strauss-Kahn sur TF1 dimanche soir paraissait tellement préparée qu'elle ressemblait parfois à une pièce de théâtre. Surtout, DSK donnait l'impression d'avoir pensé chaque expression comme s'il se présentait à un casting et qu'on lui demandait d'interpréter des sentiments: la volonté, le dédain, la conviction, etc. »

Et dans l’édition papier du quotidien, Vincent Giret écrit qu’il « n’a pas dissipé le malaise » et n’ajoute pas foi à « l’invraisemblable scénario » du piège ou du complot, que DSK a laissé en suspens en déclarant : « Un piège ? C'est possible. Un complot ? Nous verrons. »

« Le piège, Dominique Strauss-Kahn se l'est tendu lui-même. Quant à la thèse du complot, elle est abracadabrante », écrit l’éditorialiste de Libération.

« Le populisme n’est qu’un porte-voix pour la colère, une manière de cracher à la face des partis de gouvernement, et n’a jamais ajouté que la division du peuple à l’incurie des dirigeants. Combien de temps les électeurs résisteront-ils à la tentation du pire ? », demande pour sa part Christophe Barbier dans L’Express.

Mais l’apparente démocratie qui place au sommet ces élites corrompues ne nous conduit-elle pas, la première, au pire ?


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