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Menou Pierre - lundi 28 mars 2011

ump, le-pen
La fracture politique passe-t-elle au sein de l’UMP ? Si le parti présidentiel ne pratique pas une politique de droite et ne conclue pas une alliance avec le FN, la gauche gagnera en 2012.
Le Parti socialiste à 36,2 %, l'UMP à 18,6 %, le Front national, qui ne s'était pas maintenu partout, à 11,1 % – et le « parti des abstentionnistes » largement majoritaire dans le pays. Tels étaient les scores annoncés du deuxième tour des cantonales, dimanche 26 mars à 22 heures. Pour le parti présidentiel, la claque est sonore ; mais pas surprenante.
Le 24 mars, Eric Branca, rédacteur en chef politique de Valeurs Actuelles, avait déjà annoncé « L'échec du parti unique ».

C'est une « exception française », écrivait-il : en 2002, Chirac avait inventé l’UMP, à partir des trois forces constituant la droite parlementaire – gaullistes, centristes et libéraux – dans le but de résumer la vie politique à l’alternance de deux grands partis de gouvernement. Dans son esprit, cette stratégie, poursuit Eric Branca, devait « barrer définitivement la route du second tour des élections locales au Front national qui, en se maintenant, dans 77 circonscriptions, avait provoqué le retour de la gauche après la dissolution de 1997. »

Après Chirac, Sarkozy se servit de l’UMP pour isoler et réduire le MoDem de Bayrou. « Double mission accomplie, provisoirement », observe Branca. Mais provisoirement seulement… « À force de s’identifier seule à celle de la majorité, il était inévitable qu’au premier choc d’envergure, l’UMP soit la principale victime de la crise de confiance qui secoue le pays depuis 2008, analyse le journaliste. Privé d’alliés puisque ayant absorbé ou éliminé tous ses partenaires, le parti du président a subi seul le désaveu des électeurs. De rouleau compresseur, il est devenu bouc émissaire. L’union au forceps s’est muée en peau de chagrin. »

Les chiffres le montrent : aux cantonales de 2001, les partis qui constituent aujourd’hui l’UMP avaient obtenu 37,9 % des voix. « Ils n’en pèsent plus que 17 %, dix ans plus tard. »

Fillon plus proche du PS que du FN

Cette évolution, estime Arnaud Folch, lui aussi journaliste à Valeurs Actuelles, place la droite « au bord de l’explosion » : « Jamais, depuis les régionales de 1998 qui l’avaient vue se déchirer au sujet – déjà ! – des accords avec le Front national dans les exécutifs régionaux, la droite n’avait paru aussi divisée. Mais à l’époque, la crise avait été de courte durée : Jacques Chirac, alors à l’Élysée, avait tapé du poing sur la table et imposé sa ligne – celle du fameux “front républicain” contre le FN. Rien de commun cette fois-ci au sujet des consignes de vote données aux électeurs UMP dans les cas de duels PS-FN au second tour (204 cantons). La situation est en effet exactement inverse : loin de ramener le calme dans sa majorité, c’est au contraire la parole présidentielle elle-même qui est à l’origine des turbulences au sein de l’UMP ! Édictée par Nicolas Sarkozy et défendue (mollement) par Jean-François Copé, la ligne du “ni-ni” – ni appel à voter pour le PS, ni appel à voter pour le FN – est aujourd’hui contestée… jusqu’à Matignon ! »

Au nom des « valeurs » qui sont les siennes, François Fillon a, comme on sait, appelé à voter contre le Front national, autrement dit pour la gauche, en cas de duel FN-PS. Au lendemain du deuxième tour, il n’en démord pas : le score du parti lepéniste, dit-il, « démontre que le vote protestataire ne doit pas être sous-estimé et banalisé. Ce parti doit être combattu et les causes de son audience doivent être lucidement évaluées et traitées ». Le premier ministre ferait bien de se demander si elles ne tiennent pas essentiellement à l’action – ou l’inaction – qu’il a conduite à la tête de son gouvernement.

En outre, on ne saurait mieux travailler à la division des droites. Il apparaît désormais clairement que Fillon et une partie de l’équipe gouvernementale sont plus proches du parti socialiste que du Front national… et par conséquent de la partie des électeurs UMP qui ont voté pour ce parti, par exaspération, dégoût et lassitude d’être trahie.

Le fossé qui se creuse au sein de la majorité présidentielle est profond. Comme dirait Fillon, il engage les valeurs. « Sur la même ligne que Fillon, écrit Arnaud Folch, nombreux étaient ceux, dans la majorité, à avoir déjà exprimé leur désaccord avec le “ni-ni” sarkozyste : le président du Sénat Gérard Larcher, les ministres Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet et Laurent Wauquiez, le président du Nouveau Centre Hervé Morin, celui du Parti radical Jean-Louis Borloo. » Ceux-là appelaient, comme Fillon, à voter PS plutôt que FN.

L’UMP coupée en deux

« À la droite de l’UMP, poursuit Arnaud Folch, le discours est exactement inverse : le collectif des députés de La Droite populaire et les parlementaires Réformateurs (pour la plupart anciens madelinistes) militent, pour l’essentiel, en faveur d’une “ligne dure” vis-à-vis du PS et de ses alliés ». Ce qui fait dire à un député de la Droite populaire, également cité par Folch : « Aujourd’hui, le parti est clairement coupé en deux et je ne vois pas très bien comment nous pourrons recoller les morceaux. » A un an de la présidentielle, c’est fâcheux.

Or, l’électorat UMP paraît moins partager les « valeurs » de la gauche que le premier ministre, comme semble en témoigner l’attitude des militants de la majorité présidentielle, lorsque Jean-François Copé a appelé au « ni-ni ». « Consacrée à son refus de toute " alliance avec le FN, car [ils n’ont] pas les mêmes valeurs ", la première partie de son discours a été accueillie par un silence poli, écrit Folch. Celle, en revanche, où il se prononçait contre un " front républicain, car il n’y a rien non plus de commun entre la droite et la gauche ", a été plébiscitée par des applaudissements nourris ! " Cette réaction vaut tous les sondages sur l’opinion de nos militants ", affirme un proche de Copé.

Comme l’écrivait Lionel Humbert dans Minute au lendemain du premier tour, « l’UMP a payé l’abandon par Nicola Sarkozy de ses promesses de campagne et la déception considérable qu’il a causée chez ceux qui avaient cru en lui. Soit par l’abstention de ses électeurs, soit par leur vote en faveur du FN. A l’Est comme à l’Ouest, au Sud comme au Nord. Jusque dans les départements les plus ruraux qui étaient jusqu’alors " épargnés" par un fort vote frontiste. "

On ne saurait mieux dire que l’Elysée se trouve devant
une alternative incontournable : soit Nicolas Sarkozy et les patrons de l’UMP, s’avisant enfin que les Français sont majoritairement et franchement à droite, pratiquent enfin la politique qu’attendent leurs électeurs et passent des alliances décomplexées avec le Front national ; soit il n’ont pas cette audace et en 2012, la France sera une fois encore gouvernée par la gauche.

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