Menou Pierre - lundi 28 février 2011
racisme
Lors du petit discours insipide et très politiquement correct qu’il a difficilement ânonné en recevant le César du meilleur film pour Des hommes et des dieux, le cinéaste Xavier Beauvois – dont le beau film prouve que même les imbéciles peuvent parfois être touchés par la grâce – s’en est pris à Eric Zemmour, qui vient d’être condamné pour « provocation à la discrimination envers un groupe de personnes à raison de leurs origines ». En aboyant ainsi aux basques du journaliste condamné, Beauvois montre que, comme bien d’autres ayatollahs de notre petit camp retranché culturel, il ne tolère la liberté d’expression que lorsqu’elle va dans son sens.
La position qu’adopte Franz-Olivier Giesbert dans Le Point est à la fois plus digne et plus réfléchie. Dans un éditorial intitulé « Pour Eric Zemmour », le directeur de la rédaction de l’hebdomadaire écrit que les « charges contre le cosmopolitisme » du journaliste le mettent « mal à l’aise » et qu’il « réprouve totalement » ses déclarations « en faveur des contrôles de police sur le faciès » (ce qui ne définit d’ailleurs pas exactement la position d’Eric Zemmour). Mais, ces réserves faites, le jugement lui fait « froid dans le dos ».
« Etait-ce à la loi de lui claquer le beignet ? », demande-t-il. « La morale de tout cela, c’est qu’il faut revoir la Déclaration des droits de l’homme ("Nul ne doit être inquiété pour ses opinions") et qu’il est désormais recommandé à chacun, notamment à Zemmour, de ne plus ouvrir la bouche en l’absence de son avocat… »
« Faut-il laisser la police et la justice juger nos paroles ? », s’interroge encore Franz-Olivier Giesbert. « C’est la question que pose la judiciarisation du débat public ; au train où vont les choses, la maréchaussée verbalisera bientôt, jusque dans les cafés, les propos jugés non conformes. (…) Interdit de sortir des clous. Nous sommes décidément arrivés à ce stade de la démocratie contre lequel Tocqueville nous mettait jadis en garde et qu’il comparait à une sorte de tyrannie douce. »
Les gardiens du nouvel ordre moral
Les inquiétudes du directeur de la rédaction du Point rejoignent celles du directeur général de Valeurs actuelles, Guillaume Roquette, qui titre son éditorial presque de la même façon : « Pour Zemmour », et pointe lui aussi les menaces qui pèsent sur la liberté d’expression dans notre beau pays politiquement et judiciairement soumis à la pression des lobbies.
« Chaque mois, écrit-il, nous soumettons avant parution tel ou tel article de Valeurs actuelles à l’avocat du journal, pour savoir, justement, si nous dépassons les limites autorisées. Et quand par malheur notre vigilance est prise en défaut, les gardiens du nouvel ordre moral nous traînent devant les tribunaux. Systématiquement. Sans chercher à discuter nos arguments, sans même prendre contact avec nous. Leur seul but est de faire respecter, dans tous les médias, le catéchisme de la bien-pensance. »
Ajoutons – ce que Guillaume Roquette n’écrit pas – que les juges qui ont à connaître de ce type d’affaires sont loin d’être au-dessus de tout soupçon de parti-pris politique et que le titre du journal dans lequel s’est exprimé le journaliste attaqué constitue à lui seul, lorsqu’il s’agit de journaux considérés « trop » à droite, une circonstance aggravante.
De toute façon, perdus ou gagnés, les procès coûtent cher aux journaux, ne serait-ce qu’en raison des frais d’avocat, alors que beaucoup des associations qui les intentent sont subventionnés par l’Etat et prospèrent en grande partie aux crochets des contribuables.
J’ajouterai deux observations : en premier lieu, dans ce genre de procès, ce n’est pas la réalité du constat émis par le journaliste qui compte, mais la « discrimination » qu’il a commise. Il importe donc peu de savoir si, comme le prétendait Eric Zemmour, « la plupart des trafiquants (de drogue) sont noirs et arabes ». Le fait de souligner leur appartenance à ces communautés suffit à caractériser le délit et à justifier sa condamnation.
« Le délit de "diffamation raciale" n’a pas été retenu au sujet des trafiquants, comme le réclamait la Licra, mais Zemmour a néanmoins été condamné pour "provocation à la discrimination" », remarque par ailleurs Eric Branca dans Valeurs actuelles. « Pour résumer, il n’est donc pas diffamatoire de dire que "la plupart des trafiquants sont noirs et arabes", mais rendre ce constat public est constitutif d’une provocation ! »
La balance de la justice est faussée
Deuxième observation, la notion de discrimination ne concerne pas de la même manière toutes les catégories de la population. Ainsi, Eric Zemmour est condamné pour avoir répondu, à un interlocuteur qui trouvait injuste que certains employeurs s’adressent à des agences d’interim en indiquant qu’ils ne veulent pas d’Arabes et de Noirs : « Mais ils ont le droit. » En revanche, lorsque l’Agrif (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne) intente un procès à la patronne d’Areva, Anne Lauvergeon, parce qu’elle a déclaré qu’en matière d’embauche, dans son entreprise, « A compétences égales, eh bien désolée, on choisira (…) la femme, ou on choisira (…) autre chose que le mâle blanc pour être clair », cette déclaration ne constitue , aux yeux du tribunal, ni une discrimination, ni une provocation (ni même une injure, comme on pourrait le croire lorsque la patronne d’Areva emploie pour qualifier les hommes blancs un terme appartenant au registre animal), et l’Agrif est déboutée.
La balance de la justice est donc faussée, comme le constate lui aussi le criminologue Xavier Raufer dans Valeurs actuelles, en comparant les propos qui ont valu à Eric Zemmour d’être condamnés avec ceux, similaires, qu’a tenus le socialiste Malek Boutih, ancien patron de SOS-Racisme, sans être aucunement poursuivi ; ou encore, avec les appels au meurtre et à la haine raciale de certains rappeurs, absous par la justice « au titre de la création artistique ».
« Ainsi donc les uns sont libres d’injurier, d’inciter au meurtre et à la haine raciale ; les autres étouffés à la moindre évocation d’une réalité constatable par quiconque dispose d’yeux pour voir », écrit Xavier Raufer en demandant comment la justice peut encore prétendre incarner les notions d’équilibre et d’équité « quand, par des poursuites unilatérales, elle réduit régulièrement les uns au silence en s’abstenant d’inquiéter les autres ».
« Devant cela, comment encore parler de "liberté d’expression" ? Cela n’est pas raisonnable. Cela n’est pas juste. Et même, cela annonce – ce qui est grave dans un Etat de droit – une défiance croissante envers des magistrats à ce point hémiplégiques », conclut le criminologue.
Les réactions des journalistes du Point et de Valeurs actuelles témoignent d’un ras-le-bol face à ce que Guillaume Roquette qualifie de « nouvelle censure judicaire ». Une réaction salvatrice contre une censure ô combien partisane.
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