Menou Pierre - lundi 26 septembre 2011
parti-socialiste
Le Figaro du 24 septembre a publié dans ses pages « Débats et opinions » une intéressante analyse du politologue Christophe Boutin sur la primaire socialiste, et plus largement sur le principe même de la primaire, dans lequel il voit « une caution pseudo-démocratique ».
« On a tout dit de la légalité de telles primaires, comme des risques qu’elles feraient peser sur le secret des inclinations politiques des Français, écrit-il. Elles permettent en tout cas une suroccupation médiatique, avec des succès manifestes, le taux d’audience du premier débat, par exemple, et un risque, celui d’une participation médiocre au vote final. Mais il faut noter aussi, et surtout, les confusions qu’elles induisent volontairement, par leur forme – débats télévisés, soirées électorales, isoloirs et urnes, et jusqu’aux forcément « hautes » autorités de référence – entre désignation partisane et élection nationale. »
Cette « confusion des genres », poursuit le politologue, peut dériver vers le bipartisme, pour peu que l’on connaisse aux prochaines élections deux primaires de ce type – et deux seulement, car logique de la médiatisation jouera en faveur des deux principaux « partis "attrape-tout" » de droite et de gauche, au détriment du centre et des extrêmes, qui ne gagneraient rien à en organiser.
« Le risque – ou l’avantage – est que les candidats non issus de telles primaires présents au premier tour deviennent vite alors de simples faire-valoir, aux ralliements trop certains, ou de légers grains de sable dans une mécanique bien huilée. »
« La "généralisation" de primaires "ouvertes" contribuerait donc un peu plus à une dérive vers un bipartisme dont on sait qu’il a le soutien d’une part non négligeable d’une classe politique toujours craintive devant les "errements" et les sautes d’humeur des électeurs. Il n’est pas certain pour autant que ce soit le vœu des citoyens : en 2007, 43 % des suffrages du premier tour s’étaient portés sur d’autres candidats que ceux de l’UMP et du PS ».
Pour Christophe Boutin, il s’agirait d’un « changement de régime ». Ce n’est pas si sûr. Même sous la Ve République, qui assure un rôle éminent au Président de la République, les principaux partis et les appareils politiques ont la mainmise sur la démocratie. Rappelons par exemple que :
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La majorité parlementaire peut aussi décider de modifier les conditions nécessaires à la constitution d’un groupe parlementaire – le Parti communiste en a scandaleusement profité. En revanche, à l’Assemblée nationale, les députés non-inscrits ne bénéficient pas des mêmes avantages – en particulier du même temps de parole – que leurs collègues inscrits au sein d’un groupe politique.
La représentation nationale est donc depuis longtemps contrôlée par les deux partis dominants. Reste à savoir combien de temps durera cette hégémonie, en cas d’aggravation de la crise.
Pierre Menou
*Notons qu’aux Etats-Unis, le Tea Party, tendance minoritaire, est parvenue à se faire entendre, malgré le bipartisme, en pratiquant l’entrisme au sein du parti républicain.
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