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Lu dans la presse :L"identité nationale sur France 2 : le débat confisqué


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Menou Pierre - dimanche 17 janvier 2010

identite-nationale
Vincent Peillon n’aura pas manqué son « coup » en faisant faux bond à Arlette Chabot, lors du débat consacré par France 2 à l’identité nationale. Au lendemain de cette rencontre, qui s’est finalement limitée à une controverse entre le ministre de l’immigration et de l’identité nationale, Eric Besson, et Marine Le Pen, il n’a presque été question dans la presse que de cette défection de l’élu socialiste.

Cette manière d’insister sur l’insignifiant en faisant passer au second plan l’essentiel – lorsqu’on l’évoque ! – illustre la propension de nos médias à privilégier la forme par rapport au fond, « l’événement » sans portée par rapport aux vrais enjeux politiques. Accessoirement – mais est-ce bien accessoire –, elle permet aussi d’évacuer le contenu d’un débat Besson-Le Pen qui n’a pas franchement tourné à l’avantage du premier.
Il faut, en effet, tout l’aplomb ou toute la mauvaise foi de Michel Urvoy, dans Ouest-France du 16 janvier, pour écrire que Besson, qui lui apparaît comme « un Saint-Bernard des droits de l’homme » (sic), a été « agressé à l’excès par Marine Le Pen ». Nous n’avons pas dû, lui et moi, regarder le même débat. C’est le ministre qui a qualifié son interlocutrice d’« outrecuidante », et pas l’inverse, ce qui rappelle peu ou prou l’apostrophe fameuse de Fabius à Chirac : « Vous parlez au Premier ministre de la France ». Les socialistes en fonction ont décidément une haute opinion d’eux-mêmes.
Au demeurant, Michel Urvoy lui-même consacre son article à « Peillon, le piégeur piégé (qui) fait le jeu d’Eric Besson ». N’y avait-il donc rien d’autre à dire du débat entre celui-ci et la vice-présidente du Front national ? Les journalistes qui daignent en parler soulignent souvent qu’il y a été davantage question de l’immigration que de l’identité nationale. Et pour cause ! Si l’immigration massive n’est pas l’unique facteur de déracinement –on peut également penser, par exemple, à l’exode rural et à l’urbanisation au tournant du XXe siècle –, elle en est cependant le dernier en date et le plus puissant.
Même s’il répugne à l’avouer explicitement, c’est cette immigration qui conduit aujourd’hui le gouvernement à poser la question identitaire, en des termes qui ne rassurent guère, si l’on se reporte aux propos tenus par Eric Besson à La Courneuve, le 5 janvier dernier : « La France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France du métissage. » Ce qui constitue un mensonge historique, construit sur une demi-vérité : à l’origine, la France est un conglomérat de peuples – breton, bourguignon, auvergnat, provençal, etc. – enracinés dans ses provinces et réunis au cours des siècles par la volonté politique et le travail obstiné de ses rois.
Besson-Sarkozy : une même conception de la France
Cette déclaration de Besson me rend dubitatif à la lecture de l’éditorial de François d’Orcival dans Valeurs Actuelles du 14 janvier. Rappelant les propos tenus le 5 mai 1992 à l’Assemblée nationale par Philippe Séguin(« C’est le caractère bien plus que la géographie qui fait la force et le rayonnement d’un peuple – la ténacité, le courage, l’intelligence, la créativité, la cohésion décident du rang d’une nation. »), l’éditorialiste écrit :
« Un an avant son élection, le 5 mai 2006 à Nîmes, Nicolas Sarkozy avait ouvert sa campagne par un discours sur la France dans lequel il retrouvait les mots et les accents de Philippe Séguin en 1992. La fierté de ce que la France avait accompli, de ce qu’elle serait capable d’accomplir dans l’avenir, "la fierté d’être français pour étonner le monde". C’est cet élan qui allait le conduire à l’Élysée. Et l’on comprend pourquoi maintenant, devant un pays amer, blessé par la crise, devant une opinion rebelle, il est allé chercher dans cette même filiation ce débat sur l’identité nationale afin de dénoncer le renoncement et “la haine de soi” et de plaider pour notre rayonnement. »
Si tel est le cas, pourquoi le chef de l’Etat n’a-t-il pas jugé utile de contredire son ministre de l’immigration et de l’identité nationale (un rapprochement en soi significatif) après sa déclaration à La Courneuve ? Et pourquoi maintient-il au contraire à son poste un Yazid Sabeg, qu'il a fait Commissaire à la diversité et à l’égalité des chances en décembre 2008, et qui se fait de la France sensiblement la même idée qu’Eric Besson ?
Il me semble que ces questions-là sont plus importantes que la présence de Vincent Peillon sur le plateau d’Arlette Chabot, bien que ce non-événement souligne une fois de plus la crise aiguë que traverse le Parti socialiste. Dans Ouest-France, Michel Urvoy rapporte que la décision de Peillon, dont la journaliste de France 2 ne fut avertie qu’au dernier moment, « en cours démission et par voie d’agence », avait été « préméditée (…) et approuvée par Martine Aubry 48 heures avant ».

La direction du PS soutient d’ailleurs le député fautif, comme le député Vert
Noël Mamère, qui expose sa curieuse conception du débat démocratique : « Par principe,tout homme politique qui croit aux valeurs républicaines ne doit pas participer à un débat organisé par le pouvoir.»
Cette conception des « valeurs républicaines » a déjà, par le passé, fait couler des ruisseaux de sang.

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