Menou Pierre - dimanche 17 janvier 2010
Lors du débat sur l’identité nationale, sur France 2, le ministre Eric Besson a reproché à Marine Le Pen d’avoir repris à son compte la fameuse phrase de De Gaulle : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »
La phrase du fondateur de la Ve République n’est pas exempte d’un certain racisme, en effet, mais plutôt pour la suite, qui n’est jamais citée :
« Qu’on ne se raconte pas d’histoire ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français. Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. »
De Gaulle en faisait à l’époque un argument pour brader l’Algérie. Ceux qui le tiennent pour un prophète demandent aujourd’hui ce qu’il serait advenu de la France si l’Algérie était restée française. Sans refaire l’histoire, on peut imaginer que les départements algériens auraient bénéficié tôt ou tard d’une autonomie ou d’une forme d’indépendance association et que, si les pieds-noirs y étaient restés, l’économie de l’Algérie serait aujourd’hui assez florissante pour accueillir une bonne part de l’immigration africaine, comme le fait l’Afrique du Sud.
Au lieu de quoi, toute la jeunesse algérienne rêve aujourd’hui d’un visa pour la France…
Les Antillais refusent l’autonomie
Nos compatriotes d’Outre-Mer ont bien compris les dangers de l’indépendance, comme ils l’ont montré à l’occasion des récents référendums organisés à la Martinique et en Guyane, en votant – à l’opposé de ce que leur conseillaient les élus locaux et les médias – contre une autonomie accrue qui aurait pu les conduire à terme sur la voie de l’indépendance (du moins l’ont-ils redouté).
Comme l’écrit Yves Thréard dans Le Figaro du 11 janvier, « La République est bonne mère, et il est certain que les avantages qu'elle procure à ces deux départements d'outre-mer ont pesé lourd dans la balance, contre un statut d'autonomie aux contours incertains. Exonérations fiscales sur les investissements, emplois subventionnés par milliers, billets d'avion à tarifs réduits, allégements de cotisations sociales, la liste est longue. Au point que certains métropolitains parlent d'assistanat. »
Deux cents ans après l’indépendance d’Haïti, le spectacle de ce malheureux pays, même avant le tremblement de terre qui l’a ravagé, est des plus dissuasif…
Cette situation d’assistanat suffit-elle pour autant à expliquer le vote des Antillais et des Guyanais ? Yves Thréard poursuit : « au-delà des considérations matérielles, il y a les symboles : l'amour porté à un pays, la conviction d'embrasser les mêmes valeurs, la volonté de partager le même destin. Ces deux votes portent en eux ces notions en étendard. Ce qu'il convient de retenir en plein débat sur l'identité nationale. »
Des réformes sont certes indispensables pour que ces départements d’outre-mer cessent d’être assistés par la métropole. Les Antilles, écrit encore le journaliste du Figaro, souffrent « d'une organisation économique dite "de comptoir" qui les oblige à dépendre, à grands frais, de Paris et, de plus en plus, de l'Union européenne. Elles gagneraient à s'affranchir de ce circuit pour s'intégrer davantage dans le commerce régional, avec les États-Unis et l'Amérique du Sud. La souveraineté française ne serait pas mise en péril. »
P.M.
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