Menou Pierre - lundi 12 juillet 2010
football, racisme
Quelques réflexions à la lecture du Journal du Dimanche du 11 juillet. En éditorial, Olivier Jay fait une fixette sur la dimension ethnique présumée du jeu de balle au pied. Lors de la coupe du monde en Afrique du Sud, écrit-il, « Le football a provoqué de manière symétrique ce que le rugby avait réussi en 1995 : faire vibrer les Blancs pour un sport de Noirs, comme le rugby des Afrikaners victorieux avait conquis le cœur des exploités. »
Un peu interloqué, j’ai relu la phrase six ou sept fois, à l’endroit, à l’envers, en diagonale, en retournant le journal, en sautant un mot sur deux pour m’assurer qu’il n’y avait pas un sens caché, une info secrète destinée au lecteur perspicace. Non. L’éditorialiste monomaniaque du JDD a bien écrit que le foot est un sport de Noirs. Pourquoi spécialement de Noirs ? Parce que c’est dans l’air du temps, forcément antiraciste, comme dirait Duras.
La belle blague ! Les Grecs, les Romains, les Chinois pratiquaient déjà certaines formes de jeux de balle au pied dans l’Antiquité. Plus sûrement, le foot et le rugby ont pour ancêtre la soule Ce jeu pratiqué dès le Moyen-Âge, en France comme en Angleterre, opposait les escholiers des universités, mais aussi les habitants de villages voisins, et se terminait parfois dans le sang. Les règles du foot et celles du rugby furent codifiées par les Britanniques au XIXème siècle. Pas par les Bantous.
Quant à la non-équipe de France, Olivier Jay préfère « éviter d’y revenir ». Ah, non ! C’est un peu court, jeune homme… Parlons-en, au contraire. Les anciens laudateurs de l’équipe black-blanc-beur, qui nous expliquaient naguère que la victoire de la France en coupe du monde de football illustrait les mérites de notre nouvelle société métissée, n’ont guère de suite dans les idées.
Car si l’aventure de l’équipe de 1998 avait une signification sociologique, il doit en aller de même aujourd’hui – et le piteux spectacle qu’a donné en Afrique du Sud l’équipe estampillée nationale, le peu de considération que la majorité des mercenaires qui la composent portait au maillot, l’attitude des joueurs évoquant davantage la racaille des banlieue que les représentants d’une nation de vieille et haute civilisation, leur incapacité à formuler une seule phrase dans un français correct, n’accréditent pas l’idée d’une assimilation accomplie, pour ces gens qui gagnent davantage à pousser la baballe sur le gazon que la plupart des capitaines d’industrie (le salaire moyen du PDG d’une entreprise de plus de 2 000 salariés tourne autour de 40 000 euros par mois, celui de Nicolas Anelka plus de 483 000 euros mensuels, sans compter ce que lui rapporte la pub).
N’en parlez pas à Olivier Jay, il ne serait pas en état de supporter pareilles réalités. Il préfère écrire que « les vrais vainqueurs sont ce podium européen (l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne) et le Ghana. » Hélas ! Les spécialistes des pages sportives du JDD auraient dû l’informer : en dépit de ses indéniables mérites et d’une erreur d’arbitrage, ce n’est pas le Ghana qui est arrivé en demi-finale, mais l’Uruguay. Mieux valait sans doute l’oublier pour la démonstration de l’éditorialiste… On ne connaît pas encore, à l’heure où j’écris ces lignes, le vainqueur de la finale. Si c’est l’Espagne, qui est sans conteste l’une des équipes les plus homogènes et nationales du tournoi, j’espère qu’une bonne âme songera à confisquer à Olivier Jay ses tubes de Valium.
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