Menou Pierre - lundi 15 novembre 2010
tea-party
Jacques Julliard est l’un des rares éditorialistes de gauche qui soit capable d’émettre des analyses fines et souvent objectives. La consternante médiocrité de celle qu’il donne du Tea Party dans Le Nouvel Observateur du 11 novembre témoigne du malaise qui a saisi nos bien-pensants journalistes après la déroute électoral de Barack Obama.
« Les dames sorcières à la Sarah Palin, les Mama Grizzlies, des pasionarias réactionnaires, l’apposition obsessionnelle du nom d’Adolf Hitler à celui de Barack Obama sur Fox News, tout cela comporte une tonalité de revanche raciale et même de lointains relents de Ku Klux Klan. Il n’est pas besoin d’être grand psychanalyste pour comprendre que l’équation Obama = Hitler est une façon détournée pour le subconscient fasciste de suggérer : "Plutôt Hitler qu’Obama ! " On assiste dans les profondeurs du pays à une sorte de retour du refoulé, comme si une nation effarée de la générosité qui l’a portée, il y a deux ans, à élire un Noir lui en faisait, avec le recul, payer le prix fort. »
Ce décryptage pseudo-psychanalytique est intéressant. Car pourquoi ce qui est bon pour les journalistes de Fox News ne le serait-il pas pour ceux du Nouvel-Observateur et d’autres journaux qui nous ont habitué depuis des années à crier aux fascisme et au nazisme dès qu’un politique de droite marque des points ? Tous ceux qui crient « Le Pen = Hitler », par exemple, voudraient donc suggérer, selon la logique de Jacques Julliard, « Plutôt Le Pen que Hitler » ? Ça en fait, des nazis de gauche !
Un aveu encore plus intéressant se glisse sous la plume de Julliard, qui appelle aussi une analyse « pychanalytique » : c’est qu’il va de soi, pour l’éditorialiste du Nouvel-Observateur, que Barack Obama na pu être élu que par « générosité ». Pourquoi ? Parce qu’il est noir, pardi ! Aux yeux de Julliard, les Américains n’ont pas voté pour un homme, mais pour un Noir. Leur désillusion, leur déception prévisible devant une politique qui leur semble inférieure à ce que des circonstances particulièrement difficiles exigeraient, ne peut donc s’expliquer que par la victoire de l’égoïsme de race sur la générosité. CQFD, nous dit Julliard. Mais son raisonnement n’est-il pas lui-même obscurément raciste ?
La médication de la gauche Diafoirus
Le reste de l’édito est de la même eau. Le Tea Party américain est confondu, au prix d’amalgames audacieux, avec le lepénisme en France ou la « dénazification escamotée » de l’extrême droite autrichienne.
Julliard développe son argument principal dans le dernier paragraphe de l’article : « le populisme du peuple n’est que la conséquence de l’élitisme des élites. Il ne servirait à rien de faire honte au peuple de son antiparlementarisme, de son économie politique sommaire ("Prendre l’argent là où il est"), si l’on ne mesure pas à quel point l’arrogance de l’argent, le creusement des inégalités, l’installation d’une société à deux vitesses sont à l’origine de la grande jacquerie qui s’annonce un peu partout. Si l’on veut empêcher qu’à l’opposition droite-gauche se substitue la division peuple-élite, pour le plus grand dommage de la gauche et de la démocratie, en un mot si l’on veut éviter le populisme, alors il faut se placer résolument du côté du peuple. »
Tiens ! La gauche ne s'y trouve-t-elle donc pas dès l'origine, par vocation proclamée ? D'ailleurs, n'est-ce pas elle, cette bonne vieille gauche, qui a appris au peuple et continue à lui seriner qu'il faut aller prendre l'argent où il est ? Ne dénonce-t-elle pas depuis des années l'arrogance de l'argent, par exemple par la bouche de François Hollande, qui lui-même n'en manque pas ? Ne se plaint-elle pas de longue date de l'instauration de cette société à deux vitesses, à l'avènement de laquelle son long passage au pouvoir a puissamment contribué ?
Peu importe. Ce que veut nous dire Jacques Julliard, c'est que pour « éviter le populisme », il faut être se mettre du côté du peuple, non pas en l’épousant, ni même en l’écoutant, mais à la manière d’un médecin auprès d’un malade, lui délivrant pour toute médication la vieille potion idéologique que lui ressert la gauche depuis des années.
Le prétendu populisme a de beaux jours devant lui.
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