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Lu dans la presse :Les frustrés de l’assiette au beurre


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Menou Pierre - lundi 08 mars 2010

gouvernement
Dessin de Ranson dans Le Parisien : Sarkozy dit à Fillon : « Positivons ! Si tout le pays est de gauche, on aura encore plus de choix pour l’ouverture ! » Chacun voit midi à sa porte. Comme les électeurs de droite, les députés de la majorité ont des états d’âme. Mais à la teneur de leur propos, rapportés par Valeurs actuelles, on mesure la distance qui les sépare du « terrain ». L’ouverture ne les choque pas forcément pour les mêmes raisons que leurs électeurs.

Certes, il n’est pas indifférent que, comme le souligne Bernard Debré, la présidence de la commission des Finances, celle de la future Agence régionale de santé d’Ile-de-France, celle de la Cour des comptes, aient été dévolues à des personnalités de gauche.

Certes, on ne peut qu’approuver le même Bernard Debré, lorsqu’il rappelle que la « mission claire » des élus de droite consiste à « faire en sorte que nos valeurs, celles que nous avons défendues, soient celles qui orientent la politique de l’Etat » ; et que la nomination répétée, par Nicolas Sarkozy, d’hommes de gauche aux plus hauts postes de l’Etat « fait croire aux Français que droite et gauche ont les mêmes valeurs puisque les hommes sont interchangeables ».

Mais on aimerait aussi que les élus de droite prouvent plus souvent que ce n’est pas le cas. A lire dans Valeurs actuelles les raisons de leur mal-être, on en vient à soupçonner qu’il traduit moins un désaccord de fond sur les options politiques – au vrai sens du terme – du gouvernement, que la grogne de politiciens auxquels le président retire l’assiette au beurre pour l’offrir à leurs adversaires. Monte à leurs lèvres le vieux reproche adressé par les féodaux aux premiers Capétiens : « Qui t’a fait roi ? »

Ainsi de la colère d’un Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritime, devant la nomination du socialiste Didier Migaud à la présidence de la Cour des comptes : « Pourquoi l’avoir nommé, lui, au détriment de personnalités reconnues pour leurs compétences et leur engagement, comme Gilles Carrez à l’UMP ou encore Charles de Courson au Nouveau Centre ? On leur a préféré un adversaire politique. Quitte à marquer une sorte de mépris pour ceux qui ont toujours défendu le président. »

Et d’ajouter : « Aux yeux de beaucoup d’électeurs, notre message est devenu : "Votez pour nous, on nommera des personnalités de gauche." Autant aller directement voter PS ! »

Il n’est pas sûr que la question se formule seulement ainsi. Peu importe aux électeurs de droite que Gilles Carrez ou Didier Migaud soit nommés à tel ou tel poste : ce qu’ils veulent, c’est qu’un gouvernement de droite, soutenu par une majorité de droite, conduise une politique de droite. Si tel était le cas, lesdits électeurs se ficheraient éperdument que tel ou tel fromage républicain soit accordé à un homme de gauche.

L’électorat de droite commence à gronder sérieusement lorsque le président, le gouvernement et la majorité de droite font une politique de gauche. En 2002, Jacques Chirac avait failli le payer cher ; en 2012, Nicolas Sarkozy ne pourra probablement pas profiter de la présence d’un Le Pen au deuxième tour pour être sauvé.


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