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Lu dans la presse : Persécuter la majorité, ce n’est pas grave


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Menou Pierre - lundi 22 novembre 2010

christianisme
« Une Eglise qui ne dérange pas ne suscite pas ces déchaînements médiatiques. Elle devrait s’en réjouir plutôt que laisser certains catholiques jouer les pleureuses à tout bout de champ. », écrit Romain Bénédicte dans le dernier numéro du Choc du mois, qui titre sur la « cathophobie ».

Dans le même numéro, Hervé Bizien évoque « une réalité mal connue » : la plupart des actes de profanation contre des cimetières ou des lieux de culte visent des sites chrétiens. Entre le 1er janvier et le 30 septembre 2010, par moins de 410 sites ont été dégradés, contre 40 sites 40 sites musulmans et 35 sites israélites, ce qui fait dire à Mgr Aillet, évêque de Bayonne : « je ne peux m’interroger sur la responsabilité morale de certains médias qui entretiennent dans la société française, un climat d’anticatholicisme particulièrement malsain, et passent quasiment sous silence les actes de profanation ou de vandalisme lorsque ceux-ci n’ont pas pour cible nos frères juifs ou musulmans. »

L’hebdomadaire Marianne figure ordinairement au nombre de ces médias « cathophobes ». Pourtant, au lendemain de l’attentat sanglant d’Al Qaida contre une église de Bagdad, il a consacré un dossier au « martyre des chrétiens d’Orient ».

« Depuis plusieurs décennies, les discriminations constantes et les massacres répétitifs, principalement sur les terres d’Islam, n’arrachent pas une larme aux compassions bien-pensantes », écrit Martine Gozlan. « Le drame chrétien s’est évaporé. Ces persécutions-là ne figurent plus dans la grille des douleurs modernes. Comment se prendre de pitié pour des victimes qui appartiennent – toutes Eglises confondues – à une chrétienté encore majoritaire dans le monde avec 2 milliards de croyants ? Certes, les blessés, les tués, les proscrits sont minoritaires dans leurs pays : mais les réflexes d’empathie restent paralysés, sauf dans les associations confessionnelles et la droite réactionnaire. »

Il faut appartenir à une minorité pour susciter l’intérêt

L’analyse est intéressante à plus d’un titre : sous nos climats démocratique, il faut désormais appartenir à une minorité, forcément opprimée, pour susciter la compassion, ou même l’intérêt. Sans doute est-ce aussi ce qui explique que l’on ne parle jamais des cimetières chrétiens vandalisés, ni des actes de racisme commis dans les établissements scolaires ou dans les cités à l’encontre des Français de souche, pourtant souvent les plus pauvres : comment plaindre la vieille dame assassinée pour lui faucher son sac, la gamine violée dans une cave, le jeune garçon tabassé par une bande pour lui voler son téléphone portable, puisqu’ils appartiennent à l’ethnie majoritaire ?


Les chrétiens d’Orient souffrent de la même forme d’omerta : « La tuerie de Bagdad va-t-elle tirer l’opinion de sa léthargie ? », demande Martine Gozlan. « On n’a pas bronché pour les centaines de morts chrétiens des émeutes au Nigéria en janvier 2010. Ni pour le meurtre, en juin 2010, du chef de la conférence épiscopale de Turquie, pays laïc. Assassinat précédé, depuis 2006, de celui de plusieurs religieuses dans une imprimerie qui éditait des bibles. Sans parler de la lourde mémoire du génocide arménien – des chrétiens –, avec le crime contre Hrant Dink, haute et juste figure de cette communauté, abattu à Istanbul le 19 janvier 2007. »

En Egypte aussi, les chrétiens coptes « sont victimes de pogroms récurrents depuis trente ans », souligne la journaliste de Marianne. « La haine des fanatiques se déchaîne et la charia, la loi islamique, est devenue la source officielle de la Constitution égyptienne. Un alibi à tous les marquages, tous les lynchages de ces coptes dont la foi obstinée inflige à l’islam le camouflet cuisant des sagas antérieures. Nous voilà au cœur du drame : la volonté d’éradiquer et d’exterminer les chrétiens en Orient, berceau historique de leur foi, symbolise l’obsession majeure de la guerre de religion contemporaine. »


La volonté d'exterminer

Exterminer : c’est le terme qu’utilise aussi le père Bruno Gollnisch, directeur général de L’œuvre d’Orient, dans le dernier numéro de Monde et Vie, consacré à « Ces chrétiens que l’on persécute » : «  Je ne placerai pas sur un même pied les violences qui frappent les chrétiens et celles qui frappent les musulmans », explique le père Gollnisch en remarquant que ces derniers sont eux aussi victimes d’attentats. « Le conflit qui oppose les chiites et les sunnites, par exemple, découle d’une lutte pour le pouvoir. Les violences contre les chrétiens ne sont pas de même nature, parce qu’eux ne convoitent pas le pouvoir. Il s’agit dans ce cas d’une tentative pour les exterminer, c’est-à-dire d’un crime contre l’humanité – ce qui, en droit international, n’est pas la même chose qu’un crime de guerre. Evidemment, pour les victimes d’une bombe, chrétiennes ou musulmanes, le résultat est le même ; mais le but visé ne l’est pas : les attentats commis actuellement contre les chrétiens d’Orient sont un crime contre l’humanité en ce qu’ils visent à les exterminer. »

« Comment, aujourd’hui, les chrétiens peuvent-ils, en Irak, pratiquer leur religion? Cette question nous concerne tous », écrit Joël Prieur dans Monde et Vie, en établissant un lien entre la tragédie de Bagdad et certains incidents survenus en France : « Il est tout de même frappant de constater qu’à Carcassonne (France), la même semaine, ce sont des "jeunes" qui se sont introduits dans une église de la ville en pleine messe pour y déclencher une micro-intifada, en jetant des pierres, en particulier sur le célébrant. Devra-t-on dire un jour: nous sommes tous des chrétiens d’Irak ? ».

La paroisse Saint-Jean, à Avignon, est également la cible de jeunes musulmans depuis plusieurs semaines : l’église est taguée, des excréments sont projetés sur ses murs, le cyprès qui la jouxte a été incendié et récemment, un adolescent a uriné sur le seuil, en pleine messe, en criant aux paroissiens, « On va tous vous griller, vous et votre église ».

On pense à l’émotion qu’un tel geste aurait soulevé dans la classe médiatique et politique française, s’il avait été commis par un jeune chrétien dans une mosquée. Mais la religion est – encore – majoritaire en France : c’est sans doute ce qui explique le silence pudique qui a entouré ces événements.


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