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Lu dans la presse :Présidentielle 2012 : Marine Le Pen au centre des stratégies


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Menou Pierre - lundi 31 janvier 2011

le-pen, 2012
L’élection de Marine Le Pen à la présidence du Front national et sa progression dans les sondages alimentent les commentaires de la presse, y compris à « la droite de la droite ». Dans Minute du 26 janvier, Céline Pascot propose une analyse intéressante de la stratégie élaborée par l’Elysée à partir de cette montée en puissance de la nouvelle présidente du Front national, dans la perspective de la présidentielle.

La gauche, explique la journaliste de Minute, a cru pouvoir miser sur un scénario idéal, qui verrait la fille de Jean-Marie Le Pen affronter au deuxième tour un candidat socialiste. C’est le scénario d’un 2002 « à l’envers » : au deuxième tour, Jacques Chirac l’avait à l’époque emporté sur Jean-Marie Le Pen avec plus de 82,21 % des voix contre 17,79 %. Chez les socialistes, on imaginerait bien un second tour qui verrait le candidat du PS affronter Marine Le Pen et la battre, peut-être pas aussi largement , « mais dans la proportion d’un deux tiers/un tiers, voire d’un 70/30 », écrit Céline Pascot ; Ce serait, en somme, la revanche du 21 avril.

Ce schéma séduit aussi la future candidate du FN, qui pense qu’elle est a suffisamment "dédiabolisé" le FN pour attirer sur sa candidature, non seulement le vote massif de l’électorat de droite, par rejet de la gauche, mais aussi celui d’une partie de la gauche qui refuserait d’apporter ses suffrages au candidat du « mondialisme », Dominique Strauss-Kahn. Si c’est lui qui porte les couleurs du PS, observe toutefois Céline Pascot…

Mais à l’Elysée, selon notre consœur, où l’on a élaboré une toute autre stratégie, « les différentes équipes qui travaillent déjà sur la candidature de Nicolas Sarkozy à sa réélection suivent les espérances de la gauche avec gourmandise, tant les efforts que fait le PS pour favoriser l’ascension de Marine Le Pen (…) semblent au contraire… rendre service au président de la République !»

Un 21 avril… à l’endroit

En effet, comme l’expliquait dès le 30 août 2010 ans, un conseiller en communication de Sarkozy, Frank Tapiro, dans le quotidien corse 24 Ore, « la seule chance de Sarkozy [d’être réélu], c’est un deuxième tour avec Marine Le Pen ».

Or, écrit Céline Pascot, la gauche socialiste « n’a pas vu que Marine Le Pen, par l’évolution de son discours, séduit, à gauche, un électorat pour qui la laïcité, tenue pour une valeur suprême (…) n’est plus défendue que par la présidente du FN. Elle n’a pas vu non plus que Marine Le Pen, dans son combat aujourd’hui quasi unique contre la "mondialisation", est porteuse d’un espoir pour l’électorat traditionnel de la gauche, du point de vue des catégories socio-professionnelles (…), auquel le Parti socialiste promet un programme tout plein de mesures concrètes depuis 2002, et qu’elle est incapable de concevoir. »

Surtout, souligne encore la journaliste, « la gauche sous-estime Nicolas Sarkozy », qui est, « comme l’était Jacques Chirac, un redoutable animal électoral, confirmant l’adage selon lequel la droite fournit d’excellents candidats mais de fort mauvais présidents ». Et cet « animal électoral » verrait avec d’autant plus de plaisir la gauche appuyer la montée de Marine Le Pen que ses conseillers et lui espèreraient un 21 avril… « à l’endroit », autrement dit un deuxième tour Sarkozy-Le Pen, obligeant les caciques socialistes à appeler à voter pour le président sortant ou en tout cas à ne pas faire barrage à sa réélection : « Ce serait, en plus d’une réélection triomphale, la mise à mort du Parti socialiste, qui ne serait même plus en mesure de prendre sa revanche aux législatives », remarque Céline Pascot.

Utopie ? Voire. La journaliste de Minute remarque que dans un sondage publié par l’hebdomadaire Marianne du 15 janvier, Marine Le Pen est aujourd’hui créditée de 17 % des intentions de vote si Martine Aubry porte les couleurs socialistes à la présidentielle – soit 5 points de moins seulement que cette dernière, qui est située à 22 %. « Cinq points entre "Martine" et "Marine", observe Céline Pascot, ce n’est rien à combler (…) durant une campagne électorale… »

L’analyse de Jean-François Kahn, dans Marianne, rejoint celle de Minute : « Ne tournons pas autour du pot : aujourd’hui, sauf dans le cas où Dominique Strauss-Kahn est candidat (…), Marine Le Pen a de fortes chances de figurer au second tour de l’élection présidentielle, c’est-à-dire d’éliminer la gauche. »

Ce que Céline Pascot n’écrit pas, en revanche, c’est qu’un écart de sept points n’est pas non plus irrattrapable. Or ,c’est celui qui séparerait Marine Le Pen (avec 18 %) de Nicolas Sarkozy (25 %) au cas où le candidat du PS serait Strauss-Kahn (30 %) et non pas Aubry…

Un virage à gauche

Dans un cas comme dans l’autre, comme l’a bien noté la journaliste de Minute, Marine Le Pen doit, pour arriver à ses fins, séduire une partie de l’électorat de gauche. Or on ne prend pas les mouches avec du vinaigre. La nouvelle présidente du FN a donc choisi d’infléchir son discours dans cette direction, comme le constate le magazine Monde et Vie, qui s’inquiète du « virage à gauche du Front national » et commente le discours de la nouvelle présidente du FN lors du congrès de ce parti, le 16 janvier dernier à Tours.

Ce discours, estime Monde et Vie, « donne non seulement le ton de sa future campagne électorale, mais plus généralement la clé de sa stratégie et de sa nouvelle politique. Car il s’agit bien d’une nouvelle ligne et Marine Le Pen ne se cache pas de vouloir tourner une page : "De ce congrès commencera un effort sans précédent pour transformer le Front National", lance-t-elle. (…) Reste à savoir quelle est cette "vision politique" que Marine Le Pen défend. On pourrait la résumer en quatre mots : souveraineté, étatisme, laïcité, refus des communautés. Quatre qui n’en font qu’un : jacobinisme. » Tant pis si, ce faisant, « elle laisse sur le bord du chemin un certain nombre d’anciens compagnons de route. Sa stratégie de conquête d’un nouvel électorat exige cette amputation. » Entre un électorat « traditionaliste » qu’elle pressent en partie « captif » et les déçus de la gauche qu’elle devine nombreux, son choix, elle prend le pari que la nouvelle inflexion politique du FN la fera gagner.

Elle en tire déjà certains bénéfice : Le Point du 20 janvier estime que le FN, repeint aux couleurs « gaulliennes » et républicaines, « n’est décidément plus ce qu’il était ». Gauche et droite, aujourd’hui, pensent avoir intérêt à sa « dédiabolisation ». Et Nicolas Sarkozy peut espérer que, même dans le cas d’un deuxième tour avec un candidat socialiste, cette dédiabolisation pourrait lui permettre de passer avec le FN une alliance fructueuse et fatale pour la gauche, pour peu que Marine Le Pen accepte, sous réserve d’une place en première classe, de prendre le train sarkoziste en marche…


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