Menou Pierre - lundi 24 janvier 2011
christianisme
Le Figaro du 13 janvier a porté à la connaissance de ses lecteurs une information que l’ancien ministre Christine Boutin avait précédemment contribué à révéler en France : « Un agenda conçu pour promouvoir l'Europe et ses institutions auprès des lycéens sème la discorde. Après la Pologne et l'Italie, la France s'est officiellement émue mercredi de l'omission de toute référence chrétienne dans ce manuel pédagogique, alors que des fêtes juives, hindoues, sikhes et musulmanes sont évoquées. »
L’agenda mentionne aussi la Journée internationale de la femme, la Saint-Valentin (mais seulement dans sa version profane et mercantile), Halloween ou… la Fête de l’Europe ; mais ne fait référence ni à Noël, ni à Pâques, ni à la Toussaint…
Le Figaro s’est d’autant plus volontiers emparé du sujet que le ministre chargé des Affaires européennes, Laurent Wauquiez, était lui-même précédemment intervenu pour condamner cette initiative représentative d’une Europe « qui ne s’aime pas » : la cote du président auprès des Français est assez basse sans risquer de surcroît de froisser les chrétiens.
« Cet oubli, a déclaré le ministre, est l’illustration d’une Europe qui n’assume pas ses racines chrétiennes et, ce faisant, se renie. On ne doit pas avoir honte de l’Europe des clochers, qui est constitutive de notre identité. Rien n’obligeait à évoquer les fêtes religieuses. Si on choisit de le faire, faisons-le jusqu’au bout. »
Rien n’obligeait à évoquer les fêtes religieuses, chrétiennes – Noël, Pâques, Toussaint – dans un agenda – destiné de surcroît aux élèves européens ? Les passer sous silence, même si les fêtes hindoues ou musulmanes l’étaient aussi, serait une curieuse manière d’« assumer ses racines chrétiennes » constitutives de notre identité… Ce regret de Laurent Wauquiez traduit maladroitement le fond de sa pensée : ah, si seulement on n’avait pas parlé des autres !… On aurait pu effacer les fêtes chrétiennes sans avoir à craindre aucun reproche. Comme cela aurait été simple.
C’est d’ailleurs cette solution qu’envisage d’adopter à l’avenir la Commission européenne, qui, selon Dominique Fabre dans Minute du 19 janvier, confie « que les prochaines éditions de cet agenda ne mentionneront plus aucune fête religieuse ! » Rien, plutôt que le christianisme ? Après tout, les Eurocrates marchent dans les traces des Français, comme le rappelle Guillaume Roquette dans Valeurs Actuelles : « Ils ne font après tout qu’appliquer les consignes des chefs d’Etat (Chirac en tête), qui ont récusé en 2004 les racines chrétiennes de l’Europe. »
Une identité refoulée se venge
« Oublier Noël, prévient Johanna Touzel, porte-parole de la Commission des épiscopats de la communauté européenne, c’est prendre le risque de se mettre à dos des centaines de millions de Chrétiens et d’aggraver l’euroscepticisme ambiant ». (Au fait, l’oubli serait-il plus tolérable si les chrétiens restaient d’un europtimisme à toute épreuve ?)
La Commission européenne, devant les protestations affluant d’Italie, de Pologne, de Grande-Bretagne, de France, a reconnu avoir commis une « bourde ». Fin de la polémique ? Non. Car le problème, c’est que cette bourde n’a rien d’exceptionnel, comme l’a fait observer Mgr. Robert Poinard, vicaire général du diocèse aux armées, dans un article intitulé « Une laïcité du déni », publié dans Parlons Vrai.
Mgr. Poinard y cite d’autres illustrations du « bannissement » du christianisme hors de l’espace public et culturel : tantôt, c’est le tribunal administratif d’Amiens qui annule une décision du conseil municipal de Montiers d’installer la crèche de Noël traditionnelle sur la place du village ; tantôt, c’est le journal gratuit 20 Minutes qui renonce à publier un suppléments consacré à la fête traditionnelle de l’Immaculée Conception, « qui est, dans le diocèse de Lyon, l’occasion de rendre un hommage à la Vierge Marie en posant des lumignons sur le rebord des fenêtres le soir du 8 décembre » sous prétexte que la prière de la Salutation évangélique risquerait de choquer ses lecteurs…
Mgr Poinard cite Jean-Pierre Denis, directeur de La Vie, qui écrit que « Le christianisme n’est pas violemment éjecté de la sphère publique mais tranquillement banni de tous les espaces de la mémoire collective, de tout notre inconscient culturel. Nous vivons une entreprise de reniement paisible, insidieux et politiquement correct en diable. »
Attention, danger, avertit le vicaire général : « Les idéologues pervers qui promeuvent une telle laïcité de renoncement, de déni et de nettoyage par le vide montrent par là leur ignorance crasse de la nature humaine et font le lit de futures guerres civiles. Tout d’abord, la population française issue de l’immigration, comme tous les étrangers vivant dans notre pays, assimile ce rejet du religieux à un refus de Dieu et renforce encore le mépris profond dans lequel elle tient l’Occident, terre d’athéisme. Et cela justifie encore davantage toutes les formes de “guerre sainte” qui se livrent sur notre sol contre une Europe devenue terre païenne d’où Dieu est banni. Voilà comment nous fournissons avec la plus grande complaisance les bâtons qui nous rosseront et les bombes qui nous frapperont ! L’Europe, dans un masochisme irrationnel et suicidaire, refuse de reconnaître ses racines judéochrétiennes. Sa fin est donc inéluctable car, c’est une certitude, ceux qui renient leurs racines sont sans avenir. »
Comme le dit de son côté Laurent Wauquiez, « une identité refoulée est une identité qui se venge. »
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