Menou Pierre - dimanche 21 février 2010
education
Lu dans la presse :Une violence scolaire pas très politiquement correcte
Le Parisien du 19 février pose le problème à défaut d’y répondre : « Pourquoi tant de tensions en ce moment à l’école » ?
Les profs du lycée Cherioux à Vitry-sur-Seine ont repris les cours après treize jours de suspension qui seront comptés comme jours de grève. Leurs collègues de Thiais « accusent encore le coup après l’agression d’un élève au gymnase lundi après-midi ». A quoi tiennent ces explosions de violence et ce malaise ?
« Les observateurs du monde scolaire y voient une série de raisons qui s’enchevêtrent », écrit la journaliste Claudine Proust. Diantre ! Et que voient-ils, les « observateurs du monde scolaire » ?
D’abord, « la fatigue », rapporte la journaliste. Le premier trimestre est long et les élèves sont fatigués, les pauvres.
Ensuite, le stress : la troisième période de l’année est carrément « pathogène », explique un ancien inspecteur général de l’ « Ednat », conseiller à la MGEN (la mutuelle de l’Education nationale) : « Les profs stressent parce qu’ils cavalent après les contrôles. Les élèves après les notes. »
Troisième raison : « les établissements ne sont plus un monde à part ».Un syndicaliste du SE-Unsa demande gravement : « Pourquoi les élèves laisseraient-ils le malaise social à la porte le matin ? » Et une infirmière scolaire souligne que « Les établissements scolaires eux-mêmes manquent cruellement d’assistantes sociales ».
Quatrième argument, enfin, les suppressions de postes : « Je vois des gamins perdus », déclare l’infirmière décidément très au courant. « En difficulté, dans des classes surchargées où le prof n’a pas le temps de s’occuper d’eux, ils ne se sentent pas à leur place. »
Voilà certes de bien belles analyses.
« Ils se sont emparé du collège, ont frappé une enseignante et en ont renversé d’autres »
Dans Monde et Vie du 20 février, Sophie, enseignante dans un collège de banlieue classé en Réseau Ambition Réussite et situé au cœur d’une « cité », témoigne aussi de ce qu’elle vit quotidiennement.
Elle ne parle pas de la fatigue du premier trimestre, ni du stress des élèves, ni du manque d’assistantes sociales, ni des classes surchargées. Dans son collège à elle, les élèves ne sont que vingt par classe ; et quant aux notes, ils s’en contrefichent.
L’établissement, dit-elle, « est fréquenté uniquement par les jeunes de la cité, tous issus de l’immigration extra-européenne. »
« Voilà quinze jours, un vendredi, le contrat d’une surveillante d’origine africaine arrivait normalement à expiration. Dès le début des cours, des textos ont commencé à circuler sur les portables des élèves (…), appelant à "mettre le boxon" pour protester contre le départ de cette surveillante (…).
« Lors de la sortie de cours qui précède la récréation, les élèves se sont emparés du collège, ont couru dans les couloirs, ont frappé une enseignante et en ont renversé d’autres. (…) Les professeurs ont été insultés, menacés, frappés et même blessés puisque plusieurs d’entre eux sont allés porter plainte au commissariat. Les élèves sont ensuite sortis et ont organisé une manifestation devant le collège en lançant des pierres. Les policiers n’ont pas pu intervenir, alors que le commissariat n’est pas très loin, et l’après-midi les cours ont dû être interrompus : le collège a été fermé. »
« Quand ils sont convoqués chez le principal, ils jurent sur le Coran »
C’est comme ça « pratiquement une semaine sur deux », affirme Sophie. L’an dernier, les élèves ayant décroché le drapeau de l’établissement avant de le traîner dans la cité et de le brûler, la direction avait appelé la police. « En passant devant le commissaire qui se tenait sur le parvis, les collégiens crachaient sur ses chaussures », raconte l’enseignante, qui ajoute que les élèves ont des armes, « en général des couteaux ».
« Est-il possible de faire cours ? » demande le journaliste de Monde et Vie. « Pratiquement pas », répond Sophie. Sur une classe de 20 élèves, 3 ou 4 seulement travaillent.
Ont-ils un avenir ? « Non, mais ils ne veulent pas en avoir non plus. »
L’enseignement français qui leur est dispensé? « Non seulement ils s’en moquent, mais ils le refusent volontairement. Ils nous insultent en nous disant : « Vous êtes des Français, on va parler la langue des François », et ils rigolent.
En revanche, ils ne se moquent pas de l’islam : « Lors des fêtes musulmanes, on ne trouve pratiquement pas d’élèves dans l’établissement ; et quand ils sont convoqués devant le conseiller d’éducation ou le principal, ils jurent sur le Coran. »
Quant aux conséquences de la médiatisation des agressions, les élèves « disent que c’est bien, parce que maintenant les collèges sont des endroits dangereux ».
« Ce n’est pas un problème propre à un collège ou à un établissement scolaire. C’est une situation générale », conclut Sophie. Je serais curieux de savoir ce qu’en pensent l’ex-inspecteur, le syndicaliste et l’infirmière.
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