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Lu pour vous: Le chevalier de l’absolu


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Dumait Alain - dimanche 01 mai 2005


Le chevalier de l'absolu, jacques MaritainNotre collaborateur Guillaume de Thieulloy, 31 ans, a publié le mois dernier chez Gallimard, sous le titre « le chevalier de l’absolu » (l’expression est de Julien Green), un ouvrage entièrement consacré à Jacques Maritain, auquel il avait déjà dédié sa thèse de doctorat en études politiques, soutenue en 2002, qui lui avait valu de recevoir, cette année-là, le « prix Raymond Aron ».

Avec lui, on passe en revue une partie de la vie politique et intellectuelle de la période 1882-1973, années qui marquent le début et la fin de la vie de ce philosophe inclassable, quoique très chrétien, théologien engagé mais libre, bien que tout entier voué à la transmission de l’œuvre de saint Thomas d’Aquin.

Maritain était un homme de gauche, d’abord honteux de ses origines bourgeoises protestantes, trop jeune pour être un dreyfusard engagé, rapidement touché par les « aventures de la grâce » catholique, où il s’engagea avec celle qui devint son épouse, une jeune femme juive immigrée, d’origine russe, prénommée Raïssa. C’est donc un converti. Comme beaucoup d’intellectuels de cette époque (Claudel, Péguy et même Cocteau…).

Grâce à un héritage inattendu (d’un disciple mort au champ d’honneur en juin 1918), il acquiert une certaine aisance matérielle et s’installe à Meudon, près de Paris, où se retrouveront, pendant plus de vingt ans, l’élite intellectuelle française et la fine fleur de ses penseurs catholiques.

Quand l’Action française est condamnée par le pape, en décembre 1926, c’est Jacques Maritain, pourtant ami avec Charles Maurras, qui est chargé d’expliquer les raisons du Vatican. Quand se déclenche la guerre d’Espagne, il est du côté des Républicains. Et quand le Maréchal Pétain signe l’armistice avec les Allemands, il devint « résistant », sans faire alors allégeance à de Gaulle, préférant rester aux États-Unis plutôt que d’aller à Londres…

Quand s’ouvre Vatican II, en 1962, il est là, et il pèse de tout son poids dans le sens de la liberté religieuse. On imagine qu’il rencontra alors sans doute le futur Benoît XVI…

Sans doute s’agit-il d’un auteur bien oublié aujourd’hui. Ses contradictions, voire même ses incohérences, y sont pour quelque chose. Mais ce livre, en tout cas pour ceux qui comme moi laissent volontiers à leurs querelles les thomistes, les néo-thomistes et les anti-thomistes, est le moyen de revisiter cette histoire de l’entre deux-guerres, dont les débats passionnés avaient quand même une autre gueule que les non-débats de la vie politique actuelle… 

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