Bonus WEB - dimanche 13 décembre 2009
avortement, medecine
Les clés pour comprendre les dérives de la bioéthique
« Il était une fois un roi qui souffrait d’une terrible maladie. » Ses médecins, pour le guérir, expliquèrent qu’il était nécessaire de réaliser une greffe à partir d’un autre être humain et, à cette fin, les soldats du roi achetèrent à ses parents un enfant pauvre qui serait sacrifié pour sauver la vie du souverain. Or, au moment où le bourreau allait le tuer, l’enfant éclata de rire et le roi, stupéfait, lui en demanda la raison. « Le devoir des parents est de protéger leurs enfants, celui du juge de rendre la justice, et celui du roi de défendre ses sujets, répondit l’enfant. Mais moi, mes parents m’ont voué à la mort, le juge m’y a condamné et le roi y trouve son intérêt. Je ne cherche plus de refuge qu’en Dieu seul ! »
Jean-Marie Le Méné, qui préside la Fondation Jérôme Lejeune, publie ce conte persan du XIIIe siècle en introduction à son dernier ouvrage, « Nascituri te salutant ! », la crise de conscience bioéthique. Le conte se termine bien : le roi bouleversé s’écrie « Ma mort est préférable au sang d’un innocent ! », libère l’enfant et, la même semaine, recouvre la santé.
Jean-Marie Le Méné conclut : « il n’existe pas beaucoup d’illustration plus évocatrice des heurs et malheurs de la bioéthique occidentale contemporaine. »
Car notre société aussi demande l’enfant à ses parents pour le tuer afin de sauver le roi. Mais il s’agit de l’enfant à naître, produit in vitro en grande quantité afin de fournir du matériel humain aux laboratoires qui, transgressant d’ailleurs les limites autorisées par la loi, pratiquent des recherches pseudo-thérapeutiques sur les cellules souches embryonnaires.
L ‘éthique face à la loi de l’argent
Or ces recherches n’ont abouti à aucun résultat ni progrès thérapeutique concret. En revanche, le tri embryonnaire permet de faire croire au grand public à des progrès thérapeutiques, quand il s’agit seulement de diagnostiquer la maladie pour éliminer l’embryon ou le fœtus qui en est atteint : on se contente en somme de tuer le malade au lieu de combattre la maladie.
Le président de la Fondation Lejeune montre dans son livre comment cette sélection de l’être humain déjà conçu conduit à l’eugénisme de masse ; et jusqu’à quelles folies nous entraîne cette déshumanisation de l’être humain, réifié et réduit à un matériel de laboratoire.
C’est d’autant plus inacceptable, souligne-t-il, que « les découvertes scientifiques les plus récentes et les plus performantes, celles qui vont vraiment moderniser la médecine de demain, ne doivent rien à la capitulation de l’éthique sous la coupe de la technique. » Elles rendent au contraire l’expérimentation sur l’embryon humain et le clonage obsolètes.
Pourquoi, alors, le gouvernement, suivant en cela les avis du Conseil d’Etat, s’apprête-t-il à autoriser plus largement encore la recherche sur l’embryon à l’occasion de la prochaine révision des lois de bioéthique, début 2010 ? Pourquoi s’obstine-t-on ?
No n seulement par idéologie, mais aussi et peut-être surtout parce que « les laboratoires de nombreux pays ont investi des milliards de dollars et d’euros dans l’utilisation des cellules souches dérivées d’embryons humains. Depuis des années, de brevets, des savoir-faire, des carrières, des embauches, des fortunes, des réseaux dépendent de la recherche sur l’embryon humain. Or ces investissements gigantesques attendent des dividendes que la découverte de la reprogrammation cellulaire (par le Japonais Yamanaka, ndlr) est en train de tarir. »
Que pèse l’éthique face à la loi de l’argent ?
Un livre à lire par tous ceux qui ont envie de comprendre comment notre société se dirige peu à peu vers le « meilleur des mondes ». Pour réagir, s’il en est temps.
Eric Lamaison
Jean-Marie Le Méné, Nascituri te salutant !
La crise de conscience bioéthique,
éd. Salvator, 160 p., 16 €.
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