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M. Obama, nous ne voulons pas de la Turquie


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Thieulloy (de) Guillaume - mardi 07 avril 2009

otan, turquie
Une petite passe d’armes a opposé Nicolas Sarkozy et Barack Obama en fin de semaine dernière. Non pas, comme il avait été annoncé, au G20 de Londres, mais au sommet de l’OTAN à Strasbourg.

À la veille de quitter Strasbourg pour Ankara, le président américain a en effet appelé l’Union européenne à intégrer la Turquie. Au double motif, cent fois rebattu, qu’il faudrait montrer concrètement aux États musulmans que l’Occident ne leur est pas opposé et qu’il faut éviter que la Turquie ne sombre dans l’intégrisme islamiste.

On se doute qu’avec de tels propos, Obama ne sera pas trop mal accueilli par les autorités turques. On se doute aussi qu’il s’est fait d’excellents amis au sein de la Commission européenne, notoirement favorable à l’adhésion turque. En revanche, le président américain a perdu une occasion de montrer qu’il avait appris les règles élémentaires de la courtoisie : critiquer publiquement la position française en France même, et lors d’un sommet sans le moindre rapport avec ce sujet, est d’une indélicatesse rare – pour ne pas dire plus.

Nicolas Sarkozy a répondu à Obama le dimanche soir sur TF1 : « Je travaille main dans la main avec le président Obama, mais s’agissant de l’Union européenne, c’est aux pays membres de l’Union européenne de décider. J’ai toujours été opposé à cette entrée et je le reste. Je crois pouvoir dire qu’une immense majorité des États membres de l’Union européenne est sur la position de la France. »
On ne peut que soutenir le président français lorsqu’il demande aux Américains de se mêler de leurs affaires. En revanche, je crois extrêmement douteux que l’immense majorité des pays de l’UE soit sur la même ligne que nous. Il est probable que l’Allemagne partage notre point de vue. De même que certains pays d’Europe centrale et orientale, qui ont payé le prix fort, au cours de leur histoire, pour savoir que la Turquie n’avait rien d’européen !

En revanche, la plupart des autres pays, soit se contrefichent du sujet, soit sont favorables à l’adhésion turque. Au moins pour obtenir de nouveaux débouchés commerciaux. Et sans doute aussi, pour certains, parce qu’ils partagent l’analyse géopolitique de Barack Obama.
Il convient donc de répondre à ce dernier que son analyse ne tient pas la route.

En premier lieu, la prétendue nécessité de retenir la Turquie sur le seuil de l’islam radical me semble extravagante. Il existe bien d’autres institutions « occidentales » que l’UE. La Turquie est membre de certaines d’entre elles : le Conseil de l’Europe et l’OTAN, par exemple. L’adhésion à l’Union européenne apporterait-elle quelque chose de nouveau sur cet « arrimage » de la Turquie à l’Occident ?

Au demeurant, s’agissant de l’OTAN, le dernier sommet nous a montré à quel point la Turquie s’alignait peu sur les positions de ses alliés : elle a mis jusqu’à la dernière minute son veto formel à la nomination du Premier ministre danois comme secrétaire général, au motif que celui-ci avait trop mollement condamné les caricatures de Mahomet voici deux ou trois ans ! Si c’est cela l’admirable pays « européen » que l’on nous propose comme allié, non merci…

Ensuite, on ne voit pas que la Turquie soit allée beaucoup moins loin que la plupart des autres pays musulmans dans le soutien à l’islam radical. La plupart de ses dirigeants sont ouvertement islamistes. Et la seule institution turque qui résiste à l’islamisme – tout en n’ayant jamais hésité à trucider les non-musulmans en Turquie ! –, c’est l’armée. Nos bons démocrates sont d’ordinaire plus regardants sur les dictatures militaires…
Enfin, et surtout, la seule bonne réponse à faire à Obama, reste : « Mêlez-vous de ce qui vous regarde ! » Nous n’avons pas, que je sache, imposé aux États-Unis d’intégrer la Turquie comme 51e État ; pourquoi devrions-nous être forcés, nous Européens, de l’intégrer dans une Union qui ne se porte déjà pas si bien ?

Peut-être bien au nom du droit du plus fort. L’Europe n’a pas les moyens de s’opposer aux décisions américaines, tandis que les États-Unis peuvent sans peine balayer nos requêtes d’un revers de main.
C’est en tout cas une bien curieuse conception du droit international. Et tout spécialement du « multilatéralime » qui, paraît-il, s’est installé en janvier à la Maison blanche.
En réalité, le multilatéralisme d’Obama consiste à traiter obséquieusement les puissants et à mépriser les faibles. Et la France fait hélas ! partie de ces derniers…

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