Rouxel Jean - dimanche 27 mars 2005
Lundi 21 mars débutait le procès des marchés publics de lycées franciliens : le conseil régional d’Ile-de-France est soupçonné d’avoir demandé aux différentes entreprises de travaux publics des pots-de-vin pour remporter les appels d’offres. Et ces enveloppes auraient été réparties entre la plupart des grands partis.
Notons que la défense ne nie pas les faits – sans doute instruite en cela par la pitoyable défense d’Alain Juppé au début de l’année 2004… Elle prétend seulement que ces commissions étaient légales et ne constituaient donc pas des pots-de-vin.
À supposer que ce soit le cas – et il sera, en toute hypothèse, extrêmement difficile d’obtenir des certitudes en ce domaine –, on reste pantois devant la bonne conscience des prévenus, qu’ils soient entrepreneurs ou politiques.
Car les chiffres avancés sont tout de même assez impressionnants : le conseil régional a engagé 24 milliards de francs pour la rénovation ou la construction de 471 lycées entre 1988 et 1997. Et, entre 1990 et 1995, les entreprises de BTP versaient aux partis 198,7 millions de francs.
Or, personne n’est assez naïf pour imaginer que ces dons aient été faits par philanthropie ou amour du débat public. Même légaux, ces dons renchérissaient d’autant les devis. À la clôture du contrat, le contribuable payait donc la facture.
Ce énième procès de corruption pose, une nouvelle fois, le problème du financement de la vie politique.
Il est clairement légitime de protester contre les pratiques qui prévalaient jusqu’aux années 1990, et qui revenaient toutes à faire financer, à terme, les campagnes par le contribuable – que ce soit par le biais d’emplois fictifs, de pots-de-vin ou de toute autre manière.
Mais, cette indignation ne doit pas faire oublier que la situation actuelle n’est pas meilleure et pourrait même bien être pire.
D’une part, le seul financement important et légal des partis politiques est dorénavant étatique : le contribuable paie donc, plus que jamais, les campagnes électorales. Mais, d’autre part, en interdisant les dons des entreprises et en limitant fortement les dons des particuliers aux formations politiques, la loi pourrait bien pousser les dirigeants des partis à rechercher des financements occultes.
Entre une corruption au grand jour et une corruption discrète, entre un financement étatique au grand jour et un financement étatique discret, il n’est pas certain que nous ayons fait des progrès !
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