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Mariage, virginité, mensonge et discrimination


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Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 11 juin 2008

islam, religion
La décision du tribunal de Lille d’annuler un mariage a déjà fait couler beaucoup d’encre. Mais il n’apparaît pas que les commentateurs aient cherché à garder la tête froide, ni surtout qu’ils aient envisagé cette affaire complexe sous tous ses angles. Il me semble que la première condition pour le faire est de bien distinguer l’aspect juridique du jugement et ses conséquences politiques.

Et la deuxième condition, c’est de ne pas fermer les yeux sur certaines réalités, de peur de heurter le « politiquement correct ». En l’occurrence, il n’est pas indifférent à notre affaire que les conjoints aient été musulmans (même si le fait que les époux – et pas seulement la femme, rappelons-le – arrivent vierges au mariage, sans être nullement une condition de validité, dans aucune religion que je connaisse, est hautement apprécié par la plupart des religions).

Du point de vue juridique, il faut rappeler que le motif de l’annulation du mariage n’est pas la non-virginité de la jeune femme, mais son mensonge. Or, au titre de l’article 180 du Code civil, un dol, c’est-à-dire un mensonge faussant le contrat passé (et le mariage est bien un contrat entre deux personnes, même s’il n’est pas que cela), entraîne logiquement l’annulation du contrat.

Et ce n’est évidemment pas l’absence d’hymen qui a constitué une preuve de ce dol pour le tribunal, mais le fait que la principale intéressée ait déclaré avoir menti. Mieux placée que quiconque pour savoir si elle était arrivée vierge au mariage, elle a déclaré avoir assuré son futur marié de sa virginité et, ce faisant, avoir menti.

Nous touchons ici à un autre aspect délicat de ce dossier. Si l’on comprend bien (mais les motivations des différents protagonistes ne sont pas toujours claires), il semble que la jeune mariée ait souhaité voir son mariage annulé. Pourquoi, en ce cas, avait-elle menti en vue de se marier ? Dans l’état actuel de ce que j’ai lu de l’affaire, je ne peux que conjecturer. Toujours est-il qu’il est assez probable que Rachida Dati ait eu raison lorsqu’elle a affirmé que ce jugement protégeait la jeune femme.

En tout cas, de mon point de vue, la Garde des Sceaux a eu parfaitement raison de répondre aux cris d’orfraies des socialistes en renvoyant la gauche immigrationiste à ses responsabilités. Certes, les socialistes sont loin d’être les seuls responsables du désastre (le regroupement familial est tout de même une disposition Giscard-Chirac, que l’on sache !), mais ils portent une lourde responsabilité dans ce dossier et le leur rappeler ne peut pas nuire…

Restent tout de même les aspects déplaisants de cette affaire, qu’il ne s’agit pas de dissimuler.

Le principal d’entre eux concerne le message subliminal que ne manqueront pas d’entendre les islamistes radicaux : vos lois sont les bienvenues chez nous et, naturellement, elles primeront sur les nôtres.

Ce n’est pas une conséquence nécessaire du jugement, mais il est quasiment inévitable que ce jugement soit interprété ainsi et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce message n’est pas opportun. Rappeler à qui mieux mieux que le pays d’accueil est tout juste bon à offrir tous les avantages sociaux possibles et imaginables, mais qu’il ne sera jamais question d’intégration, que la loi française peut bien céder le pas en France à la loi coranique, n’est certes pas la meilleure façon d’aider les populations immigrées à s’intégrer !

Le deuxième aspect déplaisant est la conséquence de la supposée discrimination anti-féministe du jugement. Puisque ce jugement est censé avoir condamné la non-virginité de la jeune femme (encore une fois, ce n’est pas le cas !) et qu’une connaissance assez élémentaire de l’anatomie suffit à montrer que le cas du mari est nettement plus favorable de ce point de vue, le jugement aurait sanctionné le point de vue islamique de supériorité de l’homme sur la femme. Et impliquerait une réforme urgente de la loi pour remédier à la situation.

Le problème, c’est que, quelle que soit la réforme de la loi qui serait envisagée, elle ne pourra être que pire que la situation actuelle. En effet, dans le climat politique et culturel ambiant, chacun devine que le Code civil sera réformé dans le sens de la « non-discrimination ». C’est-à-dire dans le sens le plus absurde pour ce contrat si spécifique qu’est un mariage : car, s’il est une chose évidente dans un mariage, c’est que nous discriminons à tout va. Explicites ou non, nous avons tous – et c’est le contraire qui serait aberrant ! – des idées assez précises sur ce que nous souhaitons de notre conjoint. Espérons que le législateur ne va pas saisir cette occasion pour limiter encore un peu plus nos libertés !

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