Lance Pierre - mercredi 11 octobre 2006
Invitée le 3 octobre au Journal de 20 heures de TF1 par Patrick Poivre d’Arvor, Ségolène Royal a donc confirmé sa candidature à la candidature. Ne restent en lice auprès d’elle - c’est-à-dire contre elle - au parti socialiste que Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, qui ne semblent pas avoir peur de se couvrir de ridicule. Jack Lang, quant à lui, s’est « sacrifié » la mort dans l’âme sur l’autel de « l’unité de la gauche ». Car enfin, il faut être lucide (bien que ce soit fort difficile à un socialiste), si la gauche a la moindre chance de remporter l’élection présidentielle, ce ne peut être que par le truchement de Mme Royal, laquelle exerce une attraction certaine sur l’électorat de gauche et même au-delà.
Et pourtant, on peut dire que le discours de la candidate donne une assez bonne idée de ce que peut être le vide intersidéral. Je l’ai écoutée attentivement. Et je n’ai entendu que des lieux communs, des vœux pieux, des intentions ectoplasmiques, rien qui ressemble de près ou de loin à un programme de gouvernement. Or, lorsqu’une personnalité politique briguant la magistrature suprême de la nation n’a que quelques minutes pour s’exprimer, à l’instant précis où elle entre pour de bon dans l’arène, c’est le moment où jamais pour elle d’être claire et précise et d’annoncer des projets concrets susceptibles de répondre aux aspirations du corps électoral.
Rien de tout cela n’a été perceptible. Il n’est sorti de cette jolie bouche rien d’autre que du vent, à peine de quoi faire tourner une modeste éolienne. « Il faut que la France aille mieux ! » assure-t-elle. Voilà qui est, certes, d’une originalité confondante. « Il faut tirer la France vers le haut ! » affirme-t-elle encore. Superbe intention ! Mais qui peut tirer la France vers le haut ? Uniquement les chefs d’entreprise, sur lesquels tout gouvernement socialiste tire à boulets rouges dès son arrivée au pouvoir. « Il faut que les salariés soient mieux rémunérés ! » proclame aussi notre Fée Clochette. Certainement, à condition qu’ils puissent choisir de travailler 38, 40 ou 45 heures et repousser l’âge de leur retraite, ce qui n’a jamais figuré au programme socialiste, que je sache.
Et puis c’est le mot de la fin, le point d’orgue, l’apothéose : « Nous avons un devoir d’imagination et d’invention ! » s’exclame Cendrillon, juchée sur sa citrouille qui se voudrait carrosse. Là, je tressaute ! Qu’est-ce à dire ? Et que faut-il entendre ? S’il est des gens parfaitement incapables d’inventer et d’imaginer, ce sont bien les socialistes, empêtrés qu’ils sont dans une idéologie archaïque dont ils ne savent se défaire. Car ne peuvent inventer et imaginer que des esprits libres, débarrassés de toute dogmatique, et les socialistes le sont moins que personne.
Et tout-à-coup je me demande si Ségolène Royal est aussi socialiste qu’elle le prétend. Se pourrait-il que son propos ne soit une coquille vide que parce qu’elle ne veut y mettre, si elle est élue, que ce qu’elle voudra ? Se pourrait-il qu’elle veuille réellement s’efforcer au réalisme et au pragmatisme sans lesquels aucune politique n’est viable ? Mais si c’était vrai, cela poserait un gros problème, dans l’éventualité où Ségolène deviendrait Marianne. Avec qui constituerait-elle son gouvernement ? Alain Duhamel a eu ce propos assez cruel à son sujet : « C’est une belle locomotive, mais il n’y a aucun wagon derrière ». Ce qui n’est pas tout à fait vrai, car son compagnon François Hollande a tout du wagon. Mais il serait délicat de le nommer Premier ministre. Cela ferait un peu trop « ticket familial ». En tout cas, on risque de voir tous les éléphants du PS rappliquer à la soupe. Et même si Ségolène est certainement capable de faire preuve d’autorité, son élection nous infligerait à coup sûr une kyrielle de ministres socialistes acharnés à nous faire une politique rose bonbon, c’est-à-dire catastrophique.
Du côté de la droite, on ne voit pas qui pourrait concurrencer sérieusement Nicolas Sarkozy, que tous les sondages mettent en tête de son camp, et même, pour l’ensemble des Français, quelques points avant Ségolène. Mais tout peut évoluer d’ici l’élection. Et puis n’oublions pas Jean-Marie Le Pen, qui se fera un plaisir de jouer le rôle du chien dans le jeu de quilles.
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