Rouxel Jean - mercredi 09 mars 2011
le-pen, chirac, sarkozy
Un sondage effectué par Harris interactive pour « Le Parisien » met la classe politico-médiatique en émoi : Marine Le Pen serait en tête au premier tour de la présidentielle avec 23 % des suffrages exprimés, devant Nicolas Sarkozy et Martine Aubry (21 % chacun).
Nous avons suffisamment critiqué dans ces colonnes la « république sondagière » pour garder la tête froide. Il n’est pas raisonnable de se fier uniquement aux sondages pour gouverner, comme cela semble trop souvent le cas de nos dirigeants. Et chacun sait que, selon le mot bien connu, la statistique peut être, sinon le stade ultime du mensonge, du moins un puissant instrument de manipulation.
Ici, au moins trois éléments incitent à la prudence. D’abord, nous ne connaissons pas encore les noms des candidats… en dehors, précisément de Marine Le Pen. Nicolas Sarkozy ne se déterminera qu’à la rentrée et Martine Aubry est loin d’être sûre de remporter la primaire socialiste.
Ensuite, il s’agit davantage d’une « cote de sympathie » que d’intentions de vote. Nous sommes trop loin du scrutin pour que les deux logiques soient clairement corrélées. Nicolas Sarkozy peut fort bien être détesté et apparaître finalement aux électeurs comme le seul président possible.
Enfin, il y a la question des « redressements ». Les instituts de sondage ont pris l’habitude de ne pas donner leurs chiffres bruts. Mais leurs corrections sont extrêmement subjectives. Selon les impératifs politiques et médiatiques, on peut plus ou moins redresser. Circonstance aggravante, nous ignorons pour le moment, si Marine Le Pen est aussi « repoussoir » que son père et donc si le redressement doit être aussi important.
Bref, ce sondage est à prendre avec des pincettes. Reste la tendance qui, elle, est indiscutable : Marine Le Pen s’impose rapidement dans le débat public.
Je suis de ceux qui s’en réjouissent, car un FN puissant est une condition nécessaire à la droitisation de la majorité.
Clin d’œil de l’histoire : au moment où paraissait ce sondage, Jacques Chirac s’apprêtait à comparaître devant la justice.
Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy ont une opportunité historique : en finir avec le funeste « front républicain » imposé par Chirac, qui imposerait de choisir systématiquement les socialo-communistes, plutôt que la droite nationale. Tous les ténors de l’UMP, pour le moment, choisissent la stratégie inverse. Maintenant le diktat des années Chirac, ils contribuent à la montée du FN et préparent la victoire socialiste. Vont-ils enfin le comprendre ?
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