Menou Pierre - lundi 04 juillet 2011
dsk
« DSK, le retour ? » La question s’étale à la une du Journal du Dimanche du 3 juillet. En pages intérieures, les titres sont du même acabit : « L’incroyable come-back de Dominique Strauss-Kahn », « La double vie de Nafissatou Diallo », « Un favori piégé au pays du complot »… Et puis quoi encore ?
Hier présumé coupable, Dominique Strauss-Kahn est aujourd’hui proclamé innocent par la presse quasiment unanime et prête à lui tresser des couronnes. Saint Strauss-Kahn, martyre… Les journalistes qui, voilà quinze jours, dénigraient à grands cri la justice américaine, sont les premiers à se féliciter de ses faiblesses, en particulier celle qui conduit les jurés à se prononcer, non pas en fonction des faits, mais de la crédibilité de la plaignante, qui s’effondre si l’on peut prouver qu’elle a menti par le passé.
Alexandre Duyck l’écrit noir sur blanc dans le Journal du Dimanche : le procureur Cyrus Vance Jr. a reconnu « que si les preuves matérielles (ADN et vidéos) ne remettaient pas en cause le rapport sexuel entre l’ex-directeur du FMI et la femme de chambre du Sofitel, la parole de l’accusatrice n’était plus " crédible ". »
Quels sont les mensonges reprochés à l’immigrée guinéenne ?
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Afin de pouvoir entrer aux Etats-Unis et d’obtenir une carte de réfugiée politique, elle a menti en racontant que son premier mari était mort en prison à la suite de tortures infligées par les forces de l’ordre guinéenne. La plupart des immigrants africains ont recours à ce genre de fables. Cela suffirait pourtant à mettre en cause la crédibilité de la jeune femme aux yeux des jurés. Elle peut d’ailleurs être poursuivie pour parjure.
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Après avoir, selon ses dires été agressée par Strauss-Kahn, elle aurait nettoyé une chambre avant d’aller se plaindre à sa supérieure hiérarchique, au lieu de rester cachée dans le couloir comme elle l’a déclaré aux enquêteurs.
En outre, le lendemain de l’agression présumée, elle a téléphoné à un Africain emprisonné pour trafic de drogue, auquel elle a déclaré : « Ne t’inquiètes pas. Ce type a plein de fric, je sais ce que je fais… » Selon le Journal du Dimanche, cet homme serait son second mari, épousé religieusement voilà plus d’un an, sans que ce mariage ait encore été transcrit dans les registres d’état civil. De grosses sommes d’argent auraient été versées ces deux dernières années sur différents comptes en banque au nom de la femme de chambre, ce qui laisse soupçonner un blanchiment d’argent.
Dominé par ses pulsions sexuelles
Moyennant quoi, la presse américaine, qui hier encore lui était favorable, la traite aujourd’hui de menteuse. Sur la foi, pour le moins discutable, d’un témoignage anonyme émanant d’une source « proche de la défense », le New-York Post en fait même une prostituée professionnelle. Les nombreux médias français qui se félicitent de la nouvelle tournure prise par les événements font largement écho à cette accusation que rien ne vient étayer – mais qui sèmera le trouble dans l’esprit du public.
Cependant, ni les faits reprochés à Nafissatou Diallo, ni les caractéristiques propres à la justice américaine n’exonèrent Dominique Strauss-Kahn des soupçons qui pèsent sur lui. L’avocat de la jeune femme, Kenneth Thompson, a fait état des lésions constatées sur le corps de sa cliente après l’agression présumée (rappelons que, pour l’instant, l’accusation n’a pas abandonné les poursuites) : ligament de l’épaule froissé, seins empoignés, vagin écorché, hématomes, bas arrachés…
Et comme le rappelle l’avocat franco-américain Christopher Mesnooh dans Le Parisien du 3 juillet, « Ce n’est pas parce que c’est une menteuse qu’elle n’a pas été violée. »
Le doute qui pèse toujours sur l’ancien directeur général du FMI est aggravée par les éléments que les médias ont rapportés ces dernières semaines concernant ses mœurs – fréquentation de clubs privés, déclarations d’une élue française sur l’impossibilité de rester seule avec lui et d’une employée du FMI sur son inaptitude à travailler avec des femmes, récit d’une agression sexuelle présumée sur la journaliste Tristane Banon… Même s’il était blanchi par la justice américaine, Strauss-Kahn ne serait pas lavé de tout soupçon.
Si, accueilli en triomphateur par les médias et le Parti socialiste, l’ancien directeur général du FMI se portait candidat à la présidence de la République, la France prendrait le risque d’être dirigée demain par un président dominé par ses pulsions sexuelles.
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