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Mes nostalgies Schwarzenegger


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Bonnal Nicolas - lundi 31 janvier 2011

cinema
Il n’y a plus de stars. Elles ont été liquéfiées par la télé réalité et par Facebook, par les réseaux sociaux et tout le reste. Les dernières stars planétaires datent finalement des années 80, qu’il s’agisse des U2, de Madonna, de Stallone, ou bien sûr de Schwarzenegger. L’excès d’offre aura aussi liquidé la demande, comme dans toute surproduction artistique qui se respecte : je repense à ces lignes de Mirbeau sur la peinture en 1892 : « de toutes parts le flot de peinture arrive, vomi on ne sait d’où, roulant on ne sait quoi. Nous nageons dans l’huile diluvienne… »

Raison de plus pour s’extasier avec raison sur les performances d’un Schwarzenegger, héros avec Rambo des années Reagan, lorsque les démocraties de retour se remettaient à cogner sur leurs ennemis sur un ton plus que biblique.

Schwarzenegger a été un des piliers de cette décennie en incarnant deux personnages aux antipodes l’un de l’autre : Terminator et Conan. L’un est le cyborg, l’autre le barbare cimmérien. Les deux symbolisent si j’ose dire un côté clair de la force, sûre d’elle, de son droit et de son éthique, en quelque sorte. Terminator annonce aussi le prochain remplacement de l’homme, qui n’est quoiqu’on en dise qu’une question de décennies maintenant ; et l’on se doute que le projet ne sera pas soumis au vote des nations ; la fin ambiguë du deuxième film donne plutôt raison à la machine contre l’homme.

Conan, lui, a marqué le retour au passé préhistorique, magique et médiéval, celui de l’heroïc-fantasy. C’est celui qui pour la jeunesse de l’ère informatique constitue la vraie culture. On a oublié les héros de la littérature romantique, on est revenu aux dieux et aux héros violents des mythologies païennes. L’antiquité a fait un retour en fanfare depuis les succès de l’Hercule autrichien.

Arnold, avant de devenir le gouverneur de l’Etat du cinéma, était reconnaissable à ses codes : c’est ainsi que tous ses fans, dont j’étais, le reconnaissaient. Il y avait sa force musculaire, son individualisme, deux points communs avec Stallone, et aussi, et surtout, son humour. C’est sur ce thème que je voudrais insister, car c’est celui qui garantit à ce héros de légende sa pérennité et sa dimension postmoderne. Arnold ne se prenait pas au sérieux (cependant, il ne fallait pas aller trop loin ; à ce jeu-là, on se brûle les ailes), et il ponctuait ses grandes phases violentes par d’excellents mots d’auteur, comme ceux par exemple du scénariste Steven de Souza dans Commando.

« Je l’ai laissé tomber », plaisante-t-il à propos d’un petit truand qu’il vient de lâcher dans le vide. « Je vais lui prendre sa voiture, il n’en n’a plus besoin », dit-il d’un gros militaire qu’il vient d’exterminer dans un motel devant plusieurs spectateurs ébaubis. « Pourquoi en voulez-vous toujours à votre prochain ? », lui demande alors l’hôtesse de l’air devenue sa compagne de fortune dans sa version musclée de Jamais sans ma fille.

La pépite d’Arnold : Predator

Un des grands moments de son cinéma est bien son adaptation de Hamlet dans Last action hero (par ailleurs trop décalé) : « il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark, mais Hamlet va faire le ménage ». Notre surhomme alors blond dézingue alors tout le château d’Elseneur, avant de conclure philosophiquement, en fumant le cigare (le Sieg’art ?) : « être ou ne pas être. Ne pas être ». A l’époque, d’ailleurs, on envoyait Arnold faire le ménage dans tous les coins chauds de la planète, en Amérique du sud ou dans les pays arabes, mais jamais en Europe. L’europhobie est un apport de l’époque Clinton, quand il a fallu tuer du Serbe ou du Russe, ou même du Français.

Voir Schwarzenegger, c’était un peu comme voir le guignol enfant. Le succès tint aussi sans doute à l’origine européenne de cette star intellectuellement très douée, ambitieuse et dotée de ce sens du second degré qui échappe à la plupart des héros de films d’action.

Les années 90 ont vu le reflux du reaganisme, et l’ascension du clintonisme déjà nommé, beaucoup moins sympathique. Les rôles se sont faits plus banals, les bons mots plus rares. L’âge aussi a joué dans le déclin relatif de la star qui se persifle dans le remake du Tour du monde en 80 jours en interprétant un sultan stambouliote déjanté. Le film Dommage collatéral prône une parano anti-sud-américaine, que l’on retrouve dans beaucoup de films de cette décennie.

Enfin, je terminerai en recommandant à tous de voir ou revoir la pépite d’Arnold, filmé par le styliste McTiernan : Predator, monument de cinéma de terreur et d’action. Sans humour cette fois, mais avec une leçon, « retourne dans la forêt, retourne vers la pureté », pour combattre le malin, et qui prend une dimension chrétienne avec le temps.


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