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Michaël Moore : l'imposteur de Sicko


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Milliere Guy - mardi 25 septembre 2007

securite-sociale
J’ai vu « Sicko » au matin de sa sortie, dans une salle de Santa Monica (Californie). Nous étions une dizaine au début de la projection. Trois personnes sont sorties avant la fin. Je suis resté jusqu’au bout. J’avais une excuse : je finissais un livre consacré à Michaël Moore, qui sortira en janvier aux éditions du Rocher.
Je venais de revoir l’intégralité de la production de ce personnage, émissions de télévision comprises. Je m’attendais à ce que, lors de sa sortie en France, Sicko soit encensé. Ce ne fut pas le cas. J’espère que c’est le signe d’une fin de trajectoire. Les imposteurs, en général, finissent mal, et Michaël Moore est la quintessence de l’imposteur. Il prétend faire des documentaires alors qu’il fait de la propagande. Il clame défendre des valeurs de liberté, alors qu’il se met au service de discours totalitaires. Il se fait passer pour un défenseur intrépide de la vérité, alors que son travail est une entreprise d’intoxication mentale. Certains voient en lui un humoriste : je n’accorde pas ce statut à quelqu’un qui pratique la trahison et le mensonge.

Moore a commencé sa carrière en extorquant de l’argent à un magazine de gauche respectable qui avait commis l’immense erreur de l’embaucher. Il l’a continuée en décrivant les gens de Flint, sa ville d’adoption, comme des crétins mal dégrossis, et en faisant croire qu’il n’avait jamais rencontré le directeur de la General Motors. Il l’a poursuivie en exploitant de manière abjecte la tragédie du lycée de Columbine et en faisant passer les Américains pour un ramassis d’abrutis excités par la violence et les armes à feu. Il a connu son apothéose grâce au très cloacal Fahrenheit 9/11, dans lequel j’ai relevé une moyenne d’un mensonge par minute.

Il lui était difficile, ensuite, de faire pire, et c’est là qu’il déçoit ses fans. A-t-il cédé à la tentation de se faire plus consensuel ? S’est-il dit qu’à force d’inciter la planète entière à pratique une xénophobie antiaméricaine (qui, exercée vis-à-vis d’un autre peuple lui aurait valu de se faire traiter de raciste), il risquait d’en subir les conséquences ? A-t-il songé qu’après la chute de Saddam Hussein et de son régime, qu’il présentait comme idyllique, il ne trouverait plus un dictateur et un totalitarisme assez immondes pour qu’il puisse les adorer ? Après avoir très largement contribué à la diabolisation de George Walker Bush, a-t-il considéré qu’il avait accompli l’essentiel de sa « mission » ? Je n’ai pas de réponses à ces questions.

Je dirai juste que Sicko est en retrait. Moore y présente le système de santé américain avec sa malhonnêteté habituelle, mais il se contente paresseusement d’alimenter les stéréotypes et les idées reçues
. Il montre des gens tristes, un homme qui a perdu une phalange, des femmes en larmes, mais il n’a pas de cadavre ou de carnage à placer en gros plan, et pas de docteur fou à dépeindre en train de comploter au fond de son hôpital.
Quelques Américains d’extrême gauche se sont dit, après avoir vu le film, que le système de soins français est extraordinaire, mais même les Américains d’extrême gauche savent que le système canadien est très défectueux et produit pénurie et listes d’attente interminables.

Les Canadiens quant à eux, à l’exception d’une poignée de dogmatiques, savent quel est l’état réel de leur système. Les Français sont bien placés pour connaître les déficits croissants de la Sécurité Sociale et le nombre record de maladies nosocomiales en France.

Sicko serait très oubliable, en fait, et pourrait être traité par le mépris si n’y figuraient pas deux éléments profondément nauséabonds.
D’une part, les sauveteurs tombés malades après le 11 septembre voient leurs ennuis de santé pris en charge : que Moore les présente comme abandonnés est scandaleux, et qu’il abuse de leur faiblesse et les manipule est plus scandaleux encore. D’autre part, présenter Cuba comme Moore le fait constitue une immense insulte envers les souffrances du peuple cubain. Pendant que Moore tournait en se mettant au service de son ami Fidel, des gens mouraient dans des cachots crasseux ou dans les vrais hôpitaux cubains où les conditions sont pires que dans le dispensaire le plus délabré d’un pays parvenu au bout de la décrépitude. Ces séquences-là sont honteuses mais logiques, venant d’un homme qui, s’il connaissait la honte, se cracherait sans cesse au visage dès qu’il se verrait dans un miroir.

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