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Microéconomie et dévaluation


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Trémeau Bernard - mercredi 03 décembre 2008


Plusieurs de mes lecteurs m’ont attribué des qualificatifs désagréables du fait que j’avais parlé de dévaluation compétitive. Je tiens à leur raconter l’amusante petite aventure qui vient de m’arriver.

Je suis allé faire mon marché pour la semaine dans la « moyenne surface » voisine, avec une étudiante en droit de ma famille.

J’ai d’abord expliqué à mon étudiante en choisissant mes bananes que je suis un « vilain spéculateur ». Trop vertes, elles ne seront pas assez mûres dans les huit jours qui viennent. Je ne les achète pas. Trop jaunes, elles vont pourrir dans trois jours : je n’en achète que deux. Entre le jaune et le vert, j’en achète quatre ou cinq. Ainsi je fais monter ou baisser les prix des bananes. Nous avons acheté notre nourriture pour la semaine. Puis nous avons fait le menu de notre premier dîner. Crevettes, potage aux sept légumes avec un peu de lait, fromage et fruits.

Nous avons parlé économie à table et j’ai soutenu que, nos entreprises n’étant plus compétitives, nous achetions davantage de produits étrangers.

Nous avons alors eu l’idée de regarder l’origine des aliments que nous mangions. Les crevettes étaient espagnoles, la boîte de potage belge, la boîte de lait hollandaise. Quant aux fruits, ce fut l’effarement : les bananes venaient du Brésil, les raisins d’Israël, les framboises du Portugal, les dattes de Tunisie, et les clémentines d’Espagne… Même la nourriture pour ma chienne provenait de la Belgique !
Nous nous sommes heureusement consolés avec les fromages qui venaient de France, le vin (un bon bourgogne) que j’avais acheté chez un de mes voisins viticulteur et les pommes qui venaient de mon pommier.

Pour être complet, j’ai tout de même signalé à mon étudiante qu’il y avait dans le magasin des bouteilles de vin provenant de Nouvelle-Zélande. Leur vin avait la même qualité que mon bourgogne, mais il valait moitié moins cher. Quant à mes pommes, elles étaient délicieuses, mais de forme très irrégulière et elles pourrissaient cette année à une très grande vitesse.
Les chaussures de mon étudiante et ma chemise avaient été fabriquées en Chine.

Puis, pour enfoncer le clou, j’ai dit que la voiture que nous avions prise pour aller faire nos achats avait un nom français, mais pratiquement toutes ses pièces étaient fabriquées en République tchèque ou en Slovaquie. Malgré ce type de comportement, nos fabricants de voitures n’arrivent plus à être compétitifs. Quant à l’essence que nous mettions dans le réservoir, elle avait toutes ses chances de provenir d’un pétrole étranger et d’avoir été raffinée dans un port hollandais ou allemand.

Enfin, pour aller faire notre marché, nous avons emprunté la route rapide reliant à travers la Bourgogne les pays du nord de l’Europe à ceux de la péninsule Ibérique. Cette route, envahie par les camions, est actuellement transformée en autoroute. Plusieurs fois par an, je m’amuse à identifier la nationalité des cent premiers camions que je croise. Il y a vingt ans, ils étaient pratiquement tous français. En 2008, plus de la moitié sont étrangers : allemands, luxembourgeois, espagnols ou portugais. Ce sont ces camions étrangers qui transportent à moindre coût ce que nous mangeons. Ce sont aussi eux qui transportent, depuis une dizaine d’années seulement, les voitures neuves fabriquées en Europe. En effet, les chauffeurs de la SNCF refusent de rouler la nuit comme les camionneurs. Ils se mettent aussi en grève pour un oui ou pour un non. Les voitures sont immobilisées pendant tout ce temps, ce qui augmente leurs coûts. Les fabricants de voiture ont cessé d’être leurs clients. C’est normal.

Telle est la réalité microéconomique en Bourgogne. Elle se traduit en macroéconomie par un chiffre précis, mais abstrait : le déficit de la balance commerciale. Elle montre à quel point nos entreprises ont un besoin urgent d’un changement de parité franc euro…

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En bref
Faillite
 Au troisième trimestre, le nombre de faillites d’entreprises a progressé de 17,2 %, pour atteindre 11 407 procédures collectives ouvertes, soit le niveau le plus haut depuis 1997 !

Chiffres significatifs
Cadre > Le salaire brut annuel d’un jeune cadre est de 31 900 euros.

Radars > Au 31 octobre, la France comptait 2 182 radars pour repérer les excès de vitesse, dont 1 383 fixes et 799 embarqués.

Aéroports > Les aéroports de Paris, Orly et Roissy, ont vu passer 86,4 millions de passagers en 2007, dont 69 millions pour les vols internationaux !

Consommation > Les dépenses de consommation des ménages français ont été évaluées à 1 047 milliards d’euros en 2007 !

Voiture > En 2007, 18 % des ménages résidant en France métropolitaine ne possédaient pas de voitures. À l’inverse, 36 % possédaient plus de deux voitures et 6 % plus de trois…

Neuf > Les ventes de logements neufs ont reculé de 44 % entre août et octobre derniers, par rapport à la même période de 2007, pour atteindre 110 204.

Éthanol > On estime que la production mondiale d’éthanol va augmenter de 191 % d’ici 2015 !

Divorce > En France, six divorces sur dix impliquent un ou plusieurs enfants mineurs.

Viticulture > Le marché des boissons alcoolisées en France représentait en 2007 environ 500 000 emplois directs et indirects, dont 310 000 pour la filière viticole.




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