de Beaufort Hubert - lundi 22 novembre 2010
dette
Au mois d’août, l’agence Moody’s a mis en garde les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France. Comme l'a précisé l'agence de notation, il est peu probable que l'un des quatre grands pays perde sa couronne en triple A, mais que dire d'autre, au risque d'emballer les marchés sous une tornade d'ampleur systémique ? Pour la France, plusieurs éléments peuvent toutefois conduire à une prochaine mise sous surveillance.
La panne de croissance n'est pas à exclure. Dans une période où les salaires de la fonction publique vont faire du surplace, où ceux du privé sont comprimés pour cause de compétitivité, où le chômage reste toujours aussi prégnant, le modèle économique français, qui repose sur la consommation, est porteur de fragilités. La panne de croissance aurait un effet mécanique de dégradation des ratios : niveau de déficit et niveau de la dette publique.
Nos engagements pris en termes de déficit public sont clairs : 6 % du PIB en 2011, 4,6 % en 2012 et 3 % en 2013. Il sera de 8 % en 2010. Objectifs peu réalistes s'ils sont gagés sur les seules économies budgétaires. De nouveaux impôts sont, dès lors, prévisibles : dans le programme transmis par Bercy à Bruxelles, il est fait mention d'une hausse de 2 points des prélèvements d'ici à 2013, soit 46 milliards d'euros.
Comment ne pas craindre l'attitude des marchés face au vent mauvais qui souffle sur la France ? Un pays placé sous le feu des critiques de l'étranger et des polémiques incessantes à l'intérieur dispose-t-il de la sérénité nécessaire pour être efficient ? La confiance est fragile et versatile. La France pourrait-elle supporter la charge de sa dette en cas de choc brutal de conjoncture ? En 2013, le coût des seuls intérêts deviendra le premier poste budgétaire de l'Etat, avec 57 milliards d'euros. Cette année-là, la dette publique pourrait représenter 100 % du PIB.
Deux faiblesses majeures: le niveau des impôts et la rigidité des dépenses publiques
En fait, au sein des quatre pays pointé du doigt par Moody's, la France est la plus exposée. Nous souffrons de deux faiblesses majeures: le niveau élevé des impôts et la rigidité des dépenses publiques : 33 % de dépenses sociales contre 27 % en Allemagne. Augmenter encore ce taux pour réduire le déficit, c’est prendre le risque de casser une reprise si les entreprises ne prennent pas le relais par une politique d'investissements.
Alors sommes-nous dans l'impasse que prédisent certains oracles ? La clef est, certes, entre les mains du pouvoir politique, mais elle est aussi dans celles des agents économiques et des Français. Modération chez les ménages, stratégie offensive chez les entreprises, telle est la ligne sur laquelle la France doit se tenir. Il n'en est pas d'autre. Le pays et nos politiques sont-il prêt à admettre les vérités de 2010 ?
Pour nous le diagnostic est clair : il faut réduire nos dépenses de six points de PIB et non augmenter des impôts qui font fuir les capitaux, minent la confiance et la croissance, accélèrent les délocalisations. La compagnie aérienne Ryanair, qui employait son personnel avec des contrats irlandais, quitte Marseille, car elle est poursuivie pour travail illégal. Résultat : des centaines d’emplois perdus. Trop d’impôts tuent l’impôt alors qu’une fiscalité raisonnable tonifie la croissance et l’emploi.
Courage et une lucidité sans démagogie : ce sont les deux seules voies de l’espérance.
Eric Le Boucher, dans Les Echos, compare notre situation à celle de 1940 en rappelant que les Anglais, eux, ont confiance dans les mesures churchilliennes de réduction des dépenses que le gouvernement Cameron leur impose. Pourquoi pas nous ?
Hubert Beaufort,
Avec l’aimable autorisation de Radio Notre-Dame
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