Rouxel Jean - mercredi 12 juillet 2006
L’Italie a remporté la coupe du monde ! Et Zidane fut expulsé sur un carton rouge. Il n’empêche : de qualification en qualification jusqu’à la finale, les Bleus plongèrent la France dans une formidable liesse. Mais cette communion nationale s’accompagna de débordements de violence, dont il n’est pas excessif de préciser qu’ils furent surtout le fait des « jeunes de banlieue ». À Paris sur les Champs Élysées, et en plusieurs villes de province, les après match donnèrent lieu à des assauts brutaux, parfois sanglants. Plus pacifiques furent les réjouissances des Espagnols, des Portugais ou des Italiens…
Manifestations lycéennes de mars 2005, manifestations anti-CPE de février et mars derniers, Mondial : chaque fois, une jeunesse principalement issue de l’immigration maghrébine et africaine lance des actions groupées de harcèlement contre l’autre jeunesse, celle qui est « intégrée », dès que celle-ci se rassemble dans la rue. Les voitures et commerces adjacents font aussi les frais de ces débordements. La montée en puissance de ces émeutes leur donne l’apparence d’un début de guerre civile.
Zinedine Zidane, beur issu de l’immigration algérienne, est adulé de toute la société française. Comme en 1998, où les Bleus avaient remporté la Coupe du monde, les médias voient dans les succès des « Blacks-Blancs-Beurs » celui de l’intégration : ils célèbrent la fraternité interethnique inhérente au modèle républicain. Mais plus elle est encensée dans le domaine sportif, plus elle s’estompe dans la rue. Les champions de foot évoluent dans le monde des happy fews : ils sont riches, vivent presque tous à l’étranger, et défraient les rubriques people des médias. Ils véhiculent d’énormes intérêts financiers via la publicité, et passent d’une équipe nationale à une autre au gré des rémunérations proposées. Plus que des nations, ils représentent des marques. C’est l’intégration du compte bancaire, dans une société du spectacle qui ressuscite « le pain et les jeux » de Rome, avec une résonance planétaire due au capitalisme et aux médias.
Le ballet des étendards exprime les paradoxes du mondial. Jamais, en d’autres occasions, on ne voit autant de drapeaux tricolores, brandis par des supporters qui, par ailleurs, jugent le patriotisme démodé : le foot est le plus petit commun dénominateur. Et les emblèmes nationaux algériens ou marocains fleurissent pour saluer la victoire de l’équipe de France. L’Europe, l’immigration, la mondialisation ont brouillé les repères.
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