Courrier - mardi 15 février 2011
monnaie, euro
Une monnaie nationale se gère sur la base de critères précis, notamment le taux de croissance, le taux « naturel » de hausse des prix intérieurs, et la compétitivité extérieure de l’économie mesurée par la balance des échanges et des paiements.
La Banque centrale en décide les taux d’intérêt, notamment les taux longs qui conditionnent la rentabilité des investissements : trop élevés, ils les découragent (l’argent non investi rapporte plus que l’investissement risqué), trop bas ils provoquent le surinvestissement et qu’on appelle « surchauffe », qui engendre gaspillage de ressources et inflation.
Ces deux excès empêchent l’économie de croître à sa vitesse optimale : perte de « points de croissance » potentiels, et difficulté le maintenir un taux de change raisonnable, qui favorise les échanges sans pénaliser la production intérieure, donc sans créer de chômage.
D’où l’importance de la fiabilité de statistiques régulières, pour ajuster périodiquement les taux d’intérêt et la masse monétaire aux tendances relevées.
Si deux pays voisins veulent utiliser une même et unique monnaie, ils perdent la possibilité de connaître les relevés statistiques propres à chacun des deux. Ils doivent alors se fonder sur les données globales relevées dans la nouvelle zone monétaire, en supputant que, dans chacun des deux pays initiaux, les données auraient été identiques si on avait pu les recueillir. C’est ce que les économistes appellent une zone monétaire homogène, ou optimale.
Mais une supputation n’est pas une certitude, car l’évolution des phénomènes évoqués ci-dessus est influencée par les structures de production propres à chacun, les pratiques commerciales, les habitudes d’épargne et de consommation de la population…
En cas de « choc asymétrique », problème particulier à l’un des deux pays (catastrophe naturelle, mouvements sociaux graves…), ces spécificités peuvent provoquer une nette divergence, mais même dans les conditions normales, la probabilité que ces évolutions soient identiques à toute période dans les deux zones regroupées est assez faible. La nouvelle Banque centrale unique décidera donc sur la base d’informations floues, de sorte que ses décisions seront, nolens volens, inadaptées. Il en résulte que la conservation, pour chacun des pays d’origine, de la même optimisation de croissance, est tout à fait aléatoire, et que la probabilité la plus forte est une sensible baisse moyenne de la croissance.
Ce risque peut être en théorie réduit, si les situations d’origine sont très proches, et si une harmonisation complète, contraignante et acceptée des réglementations est mise en place dès le début. Cela n’est à l’évidence possible que pour des pays dont les populations ont consenti à une très forte majorité une union politique complète et définitive, donc constitutionnelle, parlementaire, et de gouvernement.
Je ne crois pas que le cas ait jamais existé autrement que sous la contrainte.
On voit ainsi que l’accord de deux pays pour l’utilisation d’une monnaie unique ne peut aboutir à terme qu’à un affaiblissement de la compétitivité intérieure et internationale des deux.
On imagine facilement la difficulté de l’exercice à 3, à 5… ou à 16 !
On doit logiquement anticiper une baisse durable de la croissance, donc la hausse du chômage, la fuite des investissements (importations et délocalisations peu justifiées), des tensions sociales et diplomatiques…
C’est cette anticipation que les bons spécialistes de la question (y compris des Européens acharnés comme Maurice Allais) ont faite dès 1992 lorsqu’a été révélée l’existence du Traité de Maastricht, et c’est bien ce qui s’est produit année après année.
Ne sont surpris que ceux qui ont bien voulu l’être !
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