Lambert Christian - mercredi 30 mai 2007
sarkozy
Si l’affaire n’était pas aussi sérieuse, on pourrait en rire, à tout le moins en sourire. Voilà donc que le nouveau président de la République, à peine élu, a tout résolu. Nous sommes sauvés pour les cinq ans qui viennent. Que dis-je ? pour les dix ans… Nicolas, c’est Astérix et la potion magique. Aussi étonnante et piquante qu’elle soit, cette euphorie s’explique aisément. Les électeurs du nouveau Président ont tellement redouté et à juste titre, de voir élire Mme Royal dont l’incompétence dogmatique aurait été dévastatrice, qu’ils sont tombés dans une sorte d’idolâtrie.
Il faut tout de même raison garder. Nous n’en sommes encore qu’aux discours, aux promesses, aux images. Le gouvernement n’est pas encore complètement formé. Une demi-douzaine de secrétaires d’État devraient être nommés au lendemain des législatives. On sait bien que ce qui compte, ce sont les actes et, pour l’essentiel, les actes ne peuvent résulter que de lois qui seront votées par le Parlement au plus tôt en juillet. Encore faut-il savoir qu’une loi, une fois votée, peut ne pas être appliquée. On en connaît de multiples exemples. Parfois même les décrets d’application ne sont même pas rédigés. Mais cela, la plupart des électeurs l’ignorent.
Il faut savoir aussi que derrière le gouvernement, les maîtres de l’image agissent dans l’ombre d’une administration toute puissante. Les membres des cabinets ministériels sont souvent les mêmes pendant des années. Ils supervisent les directions administratives, le plus souvent immuables, qui détiennent le vrai pouvoir. Comment voulez-vous qu’un ministre puisse, par exemple, façonner une loi de finances dont la complexité est inouïe ? Les textes lui sont présentés par les « services » comme on dit, et il n’a plus qu’à les signer.
L’idéal, bien sûr, serait que le nouveau chef de l’exécutif procède aux trois grandes suppressions qui feraient de la France un pays normal, moderne, libéral et efficace : la suppression des 35 heures, la suppression de l’ISF et la suppression de toute immigration. Ce serait possible. Plus aucune opposition ne peut gêner le nouveau pouvoir. La gauche est en ruine et le mode de scrutin fera sans doute qu’aucun candidat de la droite authentique ne sera élu.
Et pourtant, je crains que rien ne soit supprimé. Des réformes assurément seront faites, mais à la marge, dans un esprit électoraliste. D’une certaine façon la campagne pour la présidentielle de 2012 a déjà commencé. Il faut donc être prudent. En attendant, je note qu’on ne parle plus de la dette colossale de l’État… Pour autant, pas de procès d’intention, aussi peu acceptable que l’excès d’optimisme.
Aussi bien peut-on objectivement avancer que dans un domaine qui échappe à la loi, celui de la diplomatie, quelques points ont été marqués. Il sera mis fin à l’hostilité militante contre les États-Unis qui, chez Jacques Chirac, se doublait d’une profonde affection pour l’ex-Union Soviétique et son chef, lieutenant-colonel du KGB. Autre point positif : Sarkozy s’est prononcé contre l’admission de la Turquie dans l’Union européenne. Cependant, tout n’est pas parfaitement net en cette affaire. La Turquie devant rester en Asie, il serait logique d’interrompre définitivement les négociations d’admission avec Ankara, mais il semble qu’elles vont malgré tout se poursuivre. Dans quel but ?
Par ailleurs, l’Union méditerranéenne, idée nouvelle du nouveau Président, suscite quelques interrogations. Il s’agirait d’une Union avec qui ? L’Afrique du Nord ? Et pour quoi ? Pour une distribution supplémentaire de visas ? Là aussi, attendons.
Je terminerai sur une réflexion relative à la vie privée. Elle doit être scrupuleusement respectée, tout le monde en convient. Mais les hommes politiques sont des acteurs publics. Plus que d’autres, ils doivent veiller à leur comportement. Le droit de cuissage est aboli depuis des siècles. À ma connaissance, il n’a pas été rétabli et la polygamie est interdite en France, du moins pour les Français. Le bon peuple de France aime bien les comédies de boulevard, mais peut-être pas à tous les niveaux.
Christian Lambert
Ancien Ambassadeur de France
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