Trémeau Bernard - mercredi 08 mars 2006
Avec la mondialisation de l’économie, la taille du Marché passe de 60 millions d’habitants (la population de la France) à 6 milliards (la population du monde). Les entreprises doivent donc s’adapter à ce changement, et pour satisfaire les 6 milliards de clients éventuels, une entreprise jusque-là de taille nationale doit acquérir une taille mondiale.
Dans cette fantastique mutation de l’économie, des entreprises disparaissent tandis que d’autres prennent une dimension mondiale. Il y a des perdants et des gagnants. Pour être gagnant, il faut avoir les moyens financiers d’investir. Sinon ce sont les concurrents qui prennent votre place. Les responsables politiques, médiatiques ou syndicaux français semblent ne pas encore avoir compris ces données économiques.
Quand Total, qui a su prendre une dimension mondiale, profite de l’augmentation du prix du pétrole pour réaliser 12 milliards d’euros de bénéfice, nous devrions tous nous réjouir de ce beau succès. Il montre qu’une entreprise nationale bien gérée a réussi sa mondialisation et qu’elle a les moyens d’acheter d’autres entreprises étrangères. Grâce à des entreprises comme Total, ce sont les Français qui peuvent faire des OPA et non les étrangers. Mais tout un courant dans l’opinion publique française est scandalisé du succès de Total. L’actionnaire en met plein ses poches, tandis que l’automobiliste paye bien plus cher l’essence qu’il met dans le réservoir de sa voiture. Certains demandent que l’on mette un impôt supplémentaire sur les bénéfices de l’entreprise en semblant ignorer que cet impôt supplémentaire éloignerait encore plus de la France le capital dont nous avons besoin pour créer des emplois.
Arcelor, la plus grosse entreprise sidérurgique française, est maintenant de dimension européenne. La crise pétrolière lui a rapporté de solides bénéfices en 2005 (près de 4 milliards d’euros). Personne en France ne parle de taxer les superbénéfices d’Arcelor. Car une riche entreprise sidérurgique indienne, Mittal, envisage de racheter Arcelor. Tous les Français hurlent devant ce rachat. Les syndicats prévoient des restructurations qui, selon eux, seraient responsables de chômage en France. Le gouvernement voit un des plus beaux fleurons de l’industrie française passer sous un contrôle étranger. Il met donc en place un moyen de s’y opposer. Le gouvernement n’impose pas de façon supplémentaire les bénéfices d’Arcelor, bénéfices réalisés en nous obligeant à acheter plus cher nos voitures. Une telle taxation pourrait éloigner Mittal, et tous les autres investisseurs… Mais le gouvernement autorise Arcelor à émettre de nouvelles actions, pour renchérir son prix. Ce procédé est utilisé depuis des années aux USA et il tend aujourd’hui à y être abandonné : l’expérience montre, en effet, qu’il fait baisser les cours de l’action en bourse et éloigne ultérieurement de l’entreprise les capitaux dont elle a besoin.
Quand une entreprise d’électricité italienne Enel veut racheter Suez avec 15 milliards d’euros, le gouvernement français s’y oppose en demandant à Gaz de France de fusionner avec Suez. D’urgence, la fusion est réalisée, L’État français n’aura plus la majorité dans le nouveau groupe, comme il l’avait encore dans Gaz de France. Une privatisation de gaz de France a donc été réalisée et les syndicats sont furieux.
Dans la restructuration actuelle des entreprises, les nouvelles entreprises sont multinationales. Danone en est le plus bel exemple. Cette entreprise française compte aujourd’hui plus de salariés à l’étranger qu’en France et son capital est international. Les Français et leurs responsables semblent regretter l’heureux temps où l’économie n’était que nationale. C’était, il est vrai, une époque de relative stabilité pour les salariés. Mais la mondialisation, en introduisant la concurrence, a permis de faire baisser de façon importante les prix et elle s’oppose à l’inflation. Le nationalisme économique est un mauvais choix. La liberté rendue aux entreprises est le bon choix.
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