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Nationalisme et internationalisme occidental


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Thieulloy (de) Guillaume - dimanche 27 février 2005


Au sujet de la nation et de ses relations avec le monde, deux courants idéologiques majeurs se partagent la droite française : le nationalisme traditionnel et un internationalisme occidental.
Le nationalisme traditionnel donne l’impression d’être bien connu, mais il est infiniment plus subtil qu’on ne le croit d’ordinaire.
Tout d’abord, le nationalisme peut être un nationalisme de sang, comme fut celui des Allemands. Il peut être un irrédentisme linguistique, comme à Fiume. Dans le cas de la nation française, qui ne s’est pas bâtie sur une unité ethnique ou linguistique, mais par l’action lente de l’État capétien, le nationalisme a un caractère politique plus marqué.
Par ailleurs, la constitution d’une idéologie nationaliste française doit beaucoup au contexte historique qui suivit la débâcle de 1870. En particulier, les « pères » du nationalisme français, Charles Maurras et Maurice Barrès, insistèrent fortement sur les différences avec le nationalisme germanique.
Cette distinction eut une conséquence qui reste d’actualité : le refus du « principe des nationalités ». Le pangermanisme, comme d’ailleurs le panslavisme, joua beaucoup, durant tout le XIXe siècle, et même largement au-delà, jusqu’en 1945, sur les aspirations des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques de l’Europe centrale. Ainsi se forgea le leitmotiv central du principe des nationalités, repris plus tard par les États-Unis : à chaque peuple son État.
Les nationalistes français s’opposèrent nettement à ce principe des nationalités. Il pouvait, en effet, s’avérer délétère pour la France, construction politique réunissant des communautés très diverses.
Aujourd’hui encore, une forte tendance de la droite française refuse, pour des raisons analogues, « l’Europe des régions », toujours suspectée de faire le jeu du pangermanisme contre l’unité française.
Le principe des nationalités est extrêmement séduisant, par sa simplicité et par sa justice : pourquoi le peuple croate aurait-il droit à son indépendance, mais non le peuple basque ? Malgré cette séduction, il est resté largement inappliqué, car la plupart des grands pays n’y survivraient pas : il impliquerait la sécession de la Californie hispanophobe, comme l’explosion de l’Espagne, de la Suisse ou de la France…
La logique du nationalisme va pourtant clairement jusqu’au principe des nationalités.

En face, un internationalisme occidental semble naître. Des frémissements existaient certes pendant la guerre froide, mais la guerre froide divisait l’Occident lui-même. Aujourd’hui, selon plusieurs analystes, notamment les néo-conservateurs américains, l’Occident a un intérêt commun et une vocation commune : répandre la démocratie et l’économie de marché partout dans le monde. Ce qui s’oppose, en particulier, à deux sphères idéologiques : l’islam et les pays marxistes-léninistes (notamment la Chine).
Là encore, la doctrine est séduisante. Qui ne voit la montée menaçante d’un islam radical, auquel peu de forces modératrices s’opposent publiquement au sein de la communauté musulmane, et, sur un autre plan, la percée économique de la Chine ? Plutôt que de croire que « tout le monde, il est beau ; tout le monde, il est gentil », on ne peut que se réjouir que des leaders politiques cherchent à remettre l’Occident dans la course.
Pourtant, ici aussi, la séduction des principes bloque sur la réalité : comment définir ce qui est commun à l’Occident ? S’agira-t-il de sa culture, on pourra se demander de quel droit demander à la Chine d’accepter cette culture, alors que la culture chinoise est nettement plus antique et tout aussi vénérable. Et s’il s’agit du modèle politico-social, il faudra trancher des débats insolubles : la Suède ou la France, avec leur taux de prélèvements obligatoires, sont-elles des pays communistes, ou bien leur régime électoral en fait-il des démocraties ? Et ainsi de suite. À partir de quand est-on une démocratie ou une économie libre ?
Il serait décidément bon de ne pas croire qu’une grille d’analyse, aussi intéressante, et même aussi globalement juste soit-elle, dispense de réflexions enracinées dans la réalité. L’homme n’est pas une machine, rentrant, à la demande, dans des catégories préconçues et ce qui est vrai au plan « macropolitique » peut fort bien s’avérer idiot sur un cas concret…


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