Laurent Alain - dimanche 05 décembre 2004
Lorsque, le 29 septembre dernier, la grande majorité des participants à la soirée des réformateurs libéraux a sifflé le nom de Chirac au rappel de ses promesses non tenues (revenir sur les 35 heures, réduction du nombre de fonctionnaires et des impôts, loi sur le service minimum…), il n’y avait rien là que de très logique. Ce n’était que lui rendre la monnaie de sa pièce, tant l’hôte de l’Élysée professe un anti-libéralisme résolu. Outre ses engagements non respectés, s’ajoutent à son débit l’acharnement thérapeutique à vouloir sauver un « modèle social » français complètement pourri, un « plan de cohésion sociale » démagogique, ou la volonté de renflouer financièrement les syndicats délaissés par les salariés. Sans oublier la constitutionnalisation d’un absurde « principe de précaution » qui, en leur temps, aurait empêché la diffusion de l’électricité et de l’énergie nucléaire ! Ni tout ce qui n’a pas été fait en lutte contre l’immigration de masse… La politique internationale chiraquienne ne fait que noircir ce sombre tableau. L’anti-libéralisme intérieur s’y double d’un anti-américanisme, voire d’un anti-occidentalisme tout aussi résolus. Chirac préfère Kerry à Bush, le régime tyrannique de Saddam Hussein (« le monde était plus sûr » !) aux Irakiens libres d’Iyad Allaoui, l’autocrate Arafat à la démocratie israélienne, la Chine communiste à la non moins démocratique Taïwan, les peuples « premiers » aux peuples évolués. Tout en s’enlisant dramatiquement en Côte d’Ivoire et en défendant l’entrée d’une Turquie sociologiquement extra-européenne en Europe, il se répand en prêchi-prêcha en faveur d’une démentielle « taxe mondiale ». Le pacifiste Chirac professe un tiers-mondisme assorti de relativisme culturel et d’altermondialisme, qui l’a récemment conduit à se lancer dans des diatribes contre la « sous-culture américaine mondialisée » - et à Hanoï ! Face à ce bilan accablant, beaucoup de partisans d’une société française libre dans un monde libre en viennent à reporter tous leurs espoirs sur Sarkozy. À y bien regarder, rien n’assure pourtant que ça se passera mieux avec ce dernier. Comme si tout ce qui vient de l’UMP ne pouvait qu’être fallacieux.
Sarkozy ne vaut pas mieux que Chirac !
Certes, « Sarko » pourrait se montrer plus atlantiste et moins attentiste en matière de réformes économiques. Mais on peut légitimement craindre que ça demeure essentiellement de l’ordre de la rhétorique, comme pour son action « sécuritaire » comme Ministre de l’Intérieur : croit-on vraiment que, depuis son passage, un citoyen ordinaire puisse s’aventurer paisiblement le soir dans un quartier dit « sensible » ? Non content de vouloir nommer un préfet « musulman » (comme si l’appartenance religieuse faisait droit !) et d’avoir supprimé une légitime « double peine », il se livra, à deux reprises au moins, à un incroyable attentat contre le droit de propriété en réquisitionnant des terrains privés pour les livrer aux ravers qui les souillèrent consciencieusement (nettoyage aux frais des contribuables) ! Devenu Ministre des finances, il a bloqué la baisse des impôts, laissé grimper encore le taux de prélèvements obligatoires, est intervenu dans la fixation des prix et surtout a acheté la CGT d’EDF en ne touchant pas au fameux 1 % des factures d’électricité affermées à un comité d’entreprise cégétiste poursuivi en justice et en accordant une hausse de 3 % des salaires : c’est « libéral », tout cela, vraiment ? Mais il y a pire. Après avoir, en tant que Ministre des cultes, franchi le Rubicon en intervenant de manière dirigiste dans l’organisation de l’islam en Fra nce et favorisé l’expansion des intégristes de l’UOIF au détriment des musulmans laïques, le voici qui fait l’éloge de la discrimination positive. Et qui entend revenir sur la séparation de l’Église et de l’État et déprivatiser la religion, oubliant, comme l’a si bien dit Jean-François Revel, que « la laïcité entretient un lien intime avec la démocratie » (« Le Point », 12 décembre 2003). Il faut donc voir venir avec prudence et méfiance le nouveau président de l’UMP. Du « grand Jacques » au « petit Nicolas » - ce politicien-né, si narcissiquement avide de pouvoir et d’adulation médiatique qu’il est prêt à n’importe quoi -, il se pourrait bien qu’on ne gagne rien. Ce constat va désespérer Neuilly et alentours ? Tant mieux. On y apprendra au moins que dans une France gangrenée par le gauchisme culturel et une collectivisation croissante, il faut tout reprendre à zéro. Et ne pas compter sur un quelconque politicien bateleur de foire pour commencer à reconquérir les territoires perdus de la liberté.
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