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Newsweek, Sarkozy et l'europhobie américaine.


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Bonnal Nicolas - dimanche 03 octobre 2010


La récente campagne de haine contre l'Europe conduite en Amérique a de quoi surprendre. Pourquoi tant de ressentiment, pourquoi tant d'aigreur ? On voit Newsweek attaquer dans des termes indignes Nicolas Sarkozy, présenté comme un führer européen aux côtés des suédois et de l'inévitable Berlusconi. On ne peut pas dire pourtant que le président français, pas plus que son homologue italien, se soient rendus coupables d'anti-américanisme primaire par le passé. Mais rien n'y fait : on crache d'abord sur ses alliés.

J'étais à Paris récemment et je peux garantir que les roms plastronnaient partout ; que, forts du soutien des médias et l'opinion publique mondiale, ils se considéraient comme les maîtres de la place ; et que nous étions donc bien loin des « heures les plus sombres de notre histoire ». Il faudra quand même bien tourner la page, n'est-ce pas les yankees ? Quand l'europhobie devient le seul moteur de la construction, de la déconstruction plutôt, américaine, on devrait vite s'inquiéter. Et quand un pays qui enferme trois millions de bagnards qu'il ne peut plus chauffer ni soigner – voir l'exemple californien –, se mêle de nous donner des leçons de droits de l'homme, nous avons de quoi nous poser des questions sur la logique de cet occident que nous voyons toujours plus agoniser chaque jour, débordé par les pays émergés comme la Chine ou le Brésil, infiniment moins libéraux que nous.

L'écroulement de la puissance américaine est allé de pair avec la dynastie Bush et les néocons, aujourd'hui avec l'animateur social océanien. Il entraîne l'Europe hétéronome dans sa chute, mais voudrait bien que l'Europe seule y choie. On verra. Pour l'instant, comme le dit La Rochefoucauld, « les vieillards se targuent de donner de bons préceptes pour n'être plus en état de donner le mauvais exemple ».

Le déclin retentissant de l’Amérique

Et en effet : l'Organisation du Traité de l'Afghanistan Nord n'est pas capable de mater une poignée de talibans ; le lobby militaro-industriel, tant redouté par Eisenhower, a pris le pouvoir outre-Atlantique et ruiné le pays ; le dollar, pas plus que l'immobilier ou l'économie, ne repartent ; les déficits budgétaires explosent ; enfin l'Amérique n'est plus cette puissance mimétique dont parlait René Girard, elle ne fait plus rêver. Ceux qui rêvent d'Eldorado financiers peuvent aller dans les pays ennemis de toujours, l'Amérique latine justement, l'Asie indochinoise, les pays du Moyen-Orient que l'on souhaitait rayer de la carte il n'y a pas si longtemps.

Du point de vue culturel, on voit aussi le déclin retentissant de l'Amérique, qui ne fournit plus ni musique ni film dignes de ce nom. Les derniers opus de Brett Easton Ellis ou de Don de Lillo, encensés par une lâche et complice critique, m'ont laissé pantois : se peut-il que ce pays noyé dans l'obésité physique soit devenu aussi creux intellectuellement ?

C'est là que les Cromwell du puritanisme verbal, spécialistes aussi du delirium antipapiste, noyés sous un flot d'immigrés qui ne les a pas spécialement enrichis depuis trente ans, sur le métier remettent leur ouvrage et nous assènent les vieilles lunes du nazisme et du stalinisme. Ce populisme abruti, qui rêve depuis toujours de broyer les identités sous le masque communautariste, rêve de ranimer les fantasmes europhobes de la droite yankee néoconne ou évangéliste qui voit dans l'Europe l'ennemi de toujours. Les ratés ne vous rateront pas, disait Bernanos, et l'on constate que le précepte s'applique très bien à l'Amérique des Bushmen et des Obamen liquéfiés dans leur haine et leur sottise.

Quant aux roms, faut-il rappeler aux ignares teigneux que l'Europe social-démocrate et masochiste leur a distribué en quinze ans 18 milliards d'euros,et que le soutien littéraire de Pouchkine, de Kipling ou de Baudelaire vaut bien les hypocrites pleurnicheries humanitaires des uns et des autres ?


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