Rouxel Jean - dimanche 28 novembre 2004
Nous sommes à la veille du congrès de l’UMP qui verra Nicolas Sarkozy devenir officiellement président. Ce congrès marque un tournant dans l’histoire de la droite. Pour la première fois, un grand parti ne sera ni le parti du président, ni un parti d’opposition. Ce n’est un secret pour personne. La trêve entre Jacques Chirac et son turbulent Ministre de l’Économie est fragile. Nous l’avons encore constaté ces dernières semaines avec les surréalistes débats sur la révision de la loi de 1905 ou bien le psychodrame accompagnant la nomination du Préfet de police de Paris. Le parti majoritaire avec Nicolas Sarkozy à sa tête va sans conteste changer de nature. Tout d’abord, parce qu’il ne sera plus possible de parler « d’État UMP ». Au contraire, le refus du Président de la République de nommer le directeur de cabinet de Sarkozy, Claude Guéant, à la Préfecture de police montre clairement sa volonté de garder la main sur l’appareil d’État en ne laissant à son rival que l’appareil du parti majoritaire. Ensuite, parce que le débat reprend déjà corps au sein d’une UMP qui avait partiellement gardé le côté « godillot » de l’ancien RPR. Ainsi a-t-on entendu Nicolas Sarkozy déclarer qu’il ne voyait pas d’inconvénient à ce qu’un militant de l’UMP vote non au référendum sur la constitution européenne. C’est, certes, une preuve de prudence, puisque l’on comprend que Sarkozy ne souhaite pas disparaître dans la possible défaite du oui. Mais c’est aussi le signe que le débat politique reprend ses droits. Voilà qui va ôter de précieux arguments électoraux à François Bayrou. L’UMP prend l’aspect d’un rassemblement hétéroclite de toutes les sensibilités de la droite - à l’exception du FN -, assez proche de ce que fut l’UDF de la grande époque, tandis que l’UDF de Bayrou ressemble davantage au RPR chiraquien… Enfin, le système de recrutement des élites politiques change. Autour de Chirac, les hauts fonctionnaires étaient légion, d’Alain Juppé à Jérôme Monod en passant par Dominique de Villepin. Autour de Sarkozy, ils sont présents, mais pas seuls. Deux conceptions de l’action politique s’opposent donc. Avec pour l’une le dynamisme de Nicolas Sarkozy et pour l’autre un Jacques Chirac toujours remarquable bête de campagne, prêt à repartir à la rencontre des « militants », comme il le fait depuis quelques semaines. Il est difficile de prévoir lequel l’emportera. Une seule chose est sûre : le temps de l’État RPR chiraquien est bel et bien révolu !
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