Rouxel Jean - samedi 15 mai 2004
Même Jacques Chirac s’est résigné à l’idée que Nicolas Sarkozy sera bientôt, en novembre prochain, le nouveau président de l’UMP. Avec la bénédiction contrainte et forcée du Président de la République et de ses derniers fidèles ? Ou carrément contre lui ? C’est ce qui va se décider dans les semaines qui viennent. Le Chef de l’État aurait bien un moyen d’entraver l’irrésistible ascension de son jeune compagnon : en l’appelant, dès le mois prochain ou à la rentrée de septembre, à former un nouveau gouvernement. Mais il n’est pas sûr que ce ne serait pas, pour lui, ouvrir la voie à une nouvelle cohabitation, en pire par rapport à celle qu’il a vécue avec Lionel Jospin, pour ne rien dire de celle qu’il n’est pas près d’oublier, entre 1986 et 1988, quand il était lui-même Premier ministre d’un certain François Mitterrand. Celui-ci avait su le manœuvrer. Saurait-il, à son tour, manœuvrer Nicolas ? On peut en douter… De toute façon, l’intéressé aurait tort d’accepter un tel marché. Président de l’UMP, il aura deux années devant lui pour sillonner le pays dans tous les sens, au rythme d’une réunion par semaine et par département. Libéré des contraintes de la gestion quotidienne gouvernementale, il pourra proposer un plan de réformes de structures, à la hauteur des nécessités et de la gravité de la situation dans laquelle se trouve le pays. Attendons, sans insulter l’avenir. Dans une certaine mesure, la situation actuelle rappelle celle de 1968-1969, quand Georges Pompidou ayant perdu la confiance du Général de Gaulle, estima qu’il devait, sans attendre, annoncer sa candidature à une succession qui n’était pas encore officiellement ouverte. Nicolas Sarkozy aussi peut changer… Dimanche dernier, à Aubervilliers, l’UMP, en se prononçant contre l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne et pour un référendum sur l’adoption de la prochaine Constitution, avec l’accord du Président de la République, bien qu’il soit personnellement sur une ligne exactement opposée, a fait franchir un nouveau pas à l’hypocrisie politique française. « Tout va bien ; c’est pas grave ! » aurait même dit Jacques Chirac à son chouchou François Baroin. Quant à Alain Juppé, quand son jugement en appel sera tombé, il pourrait être, murmure-t-on, nommé ambassadeur de France à Washington. Jean-Pierre Raffarin, c’est officiel, sera candidat aux prochaines élections sénatoriales. Il a toujours voulu être Président du Sénat. Pour un politicien professionnel, il ne suffit pas de savoir se placer, il faut aussi se reclasser !…
3 commentaires - Ecrire un commentaire
|