Artur du Plessis Laurent - mercredi 03 octobre 2007
sarkozy, etats-unis, economie-onu
Nicolas Sarkozy est en délicatesse avec l’Union européenne : il a annoncé le report de l’équilibre budgétaire de 2010 à 2012, si la croissance est insuffisante. Cela risque d’être le cas : son arrivée au pouvoir n’a pas galvanisé l’économie, et la crise américaine du subprime - qui déborde sur la Grande-Bretagne - augure mal de la conjoncture internationale.
Aussi, le président français espère-t-il que Bruxelles ferme les yeux sur son laxisme budgétaire en échange de services rendus par ailleurs. Il a ressuscité, sous une forme simplifiée, le projet de Traité européen carbonisé par les non français et hollandais aux référendums de 2005, en prévoyant de le faire ratifier par voie parlementaire. Et, quoi qu’il en dise, il a renoncé à bloquer l’entrée de la Turquie en Europe. Sinon, il aurait empêché le lancement par Bruxelles, en juin dernier, de négociations d’adhésion dans deux domaines supplémentaires : les statistiques et le contrôle financier.
Cet acquiescement tacite à l’entrée de la Turquie dans l’UE plaît à Washington, qui, depuis plus de 40 ans, fait pression dans ce sens. Il s’inscrit dans le rapprochement franco-américain initié par Sarkozy, qui s’exprime avec force - opportunément cette fois - dans le dossier iranien. Le 27 août, le président de la République a évoqué « une alternative catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran ». Le 16 septembre, Bernard Kouchner a parlé de « la guerre. » Sarkozy a rectifié : « Pour ma part, je ne prononce pas le mot guerre. » Cependant, à la 62e Assemblée générale des Nations unies, le 25 septembre, il a réaffirmé qu’un Iran en possession de l’arme nucléaire serait un « risque inacceptable pour la stabilité de la région et du monde ». La Russie et la Chine ne voulant pas de sanctions onusiennes supplémentaires, Kouchner propose des sanctions européennes.
Si les États-Unis attaquent l’Iran, Sarkozy engagera-t-il l’armée française ? Les Américains n’auraient pas besoin de cette aide pour un assaut aérien, mais elle aurait une grande portée symbolique, et mettrait les actes en accord avec les principes.
À l’ONU, le président de la République s’est dit prêt « à aider tout pays qui veut se doter de l’énergie nucléaire civile […] Il n’y a pas une énergie de l’avenir pour les pays occidentaux, et des pays d’Orient qui n’auraient pas le droit d’y avoir accès. » Faisant allusion à l’Iran, il a ajouté : « C’est d’ailleurs la meilleure réponse à ceux qui veulent, en violation des traités, se doter de l’arme nucléaire. » Sarkozy a réaffirmé le droit de l’Iran, comme tous les pays du monde, au nucléaire civil.
Il n’y a pas loin du nucléaire civil au nucléaire militaire. Les compétences requises pour passer de l’un à l’autre sont disponibles sur le marché international du travail. Vendre des centrales nucléaires civiles tous azimuts - la France en a vendu une à la Libye le mois dernier - c’est, à terme, propager la bombe atomique. D’autant qu’une partie des pays preneurs d’une centrale nucléaire sont travaillés par un intégrisme islamiste avide d’y prendre le pouvoir. La prolifération nucléaire est inéluctable, annonçant des temps d’apocalypse…
Concernant l’Iran, la France et les États-Unis nourrissent une commune méfiance vis-à-vis de l’ONU, paralysé par la Russie et la Chine. Mais sur d’autres sujets, Sarkozy a joué, à l’Assemblée générale des Nations unies, la carte du multilatéralisme, avec l’assentiment d’un George W. Bush trop heureux de montrer de la bienveillance vis-à-vis de cette institution. Sarkozy a fait approuver par le Conseil de sécurité de l’ONU le déploiement d’une force mixte ONU-UE au Tchad et en Centrafrique, destinée à protéger les civils touchés par le conflit au Darfour. L’ONU, dit-il, est « le cadre parfait » pour résoudre ce problème. Et la France enverra « pendant deux mois » un navire militaire « pour protéger le ravitaillement alimentaire, de la piraterie » maritime au large de la Somalie.
Sarkozy pousse le multilatéralisme jusqu’à inviter Hugo Chavez, bête noire de l’administration Bush, à venir à Paris en novembre : il mise sur sa médiation pour libérer Ingrid Betancourt.
Lyrique, Sarkozy a plaidé à New York pour « un New Deal écologique et économique », appelant « tous les États à se réunir pour fonder le nouvel ordre mondial du XXIe siècle », dans le cadre d’une ONU « renforcée ». Mais la réalité s’impose : la junte birmane réprime la révolte des bonzes avec l’assentiment de Pékin, sans que l’ONU y puisse grand-chose. Et la frappe militaire contre l’Iran, que laisse présager son refus d’obtempérer aux objurgations occidentales, interviendra sans l’ONU…
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