Rouxel Jean - samedi 27 décembre 2003
Nicolas Sarkozy était hostile au vote d’une loi contre le foulard islamique. Il l’avait indiqué lors de son audition par la Commission Stasi. Il pronostiquait que cela ne ferait que provoquer l’inverse de l’effet recherché, avec le risque de conduire à une épreuve de force. On peut considérer que la manifestation qui s’est déroulée dans les rues de Paris dimanche dernier illustre une fois de plus la lucidité du ministre de l’Intérieur…
Elle illustre également sa singularité au sein du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. Car, à de nombreuses reprises, tout au long de l’année écoulée, Nicolas Sarkozy a montré sa particularité, non seulement sur les questions qui sont de la stricte compétence du ministère qui lui a été confié, il y a un an et demi, par le Président de la République, mais encore, au-delà, sur beaucoup d’autres sujets relevant en particulier de la compétence du ministre de la Justice ou du ministre des Affaires sociales.
Comme ministre de l’Intérieur, chargé de la sécurité publique, il est sur tous les fronts. Il n’a pas son pareil pour mobiliser ses troupes et, s’il le faut, en un éclair, il est sur le terrain, pour les encourager, les admonester ou les féliciter. Dans ces conditions, à l’occasion d’une récente émission de télévision, Nicolas Sarkozy n’a pas caché ses ambitions présidentielles.
Il aura 49 ans le 28 janvier prochain. À cet âge-là, Valéry Giscard d'Estaing était déjà Président de la République depuis plus d’un an. Il estime donc que son heure est venue. Il est maire de Neuilly depuis plus de vingt ans. Il a accédé à cette fonction en l’emportant sur un autre candidat nommé Charles Pasqua pourtant réputé pour son savoir-faire politique. À partir de maintenant, il convient de voir en lui, ni plus, ni moins qu’un rival de Jacques Chirac.
Ce dernier le sait mieux que quiconque. Il va donc tout faire pour le contrer. Bien sûr, il ne laissera passer aucune erreur de son jeune rival. Mais il est prêt aussi, pour l’écarter, à employer les grands moyens, c'est-à-dire à le pousser à démissionner du gouvernement, l’obligeant ainsi à se déclarer franchement contre lui.
L’occasion serait fournie par un remaniement ministériel à l’occasion duquel Alain Juppé entrerait dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. Et on voit mal que le président de l’UMP, faute d’être Premier ministre, puisse être autre chose que son numéro 2, position actuellement officiellement occupée par Nicolas Sarkozy. On se souvient d’ailleurs que l’intéressé, prenant ses fonctions place Bauvau, avait mystérieusement indiqué qu’il ne comptait pas rester à ce poste pendant cinq ans…
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