Rouxel Jean - dimanche 03 juillet 2005
Depuis quelques jours, la presse française ne bruisse que des déclarations “populistes” de Nicolas Sarkozy et de ses “dérapages verbaux”. Notre vibrionnant ministre de l’Intérieur a effectivement fait plusieurs déclarations musclées, en exigeant le “nettoyage” d’une cité de La Courneuve ou en réclamant qu’un juge “paie” la libération du meurtrier présumé de Nelly Cremel. Tout d’abord, il faut se réjouir que, pour exister politiquement au sein d’un gouvernement sans grand avenir, Nicolas Sarkozy soit conduit à “droitiser” son discours. Même si des arrière-pensées électoralistes le motivent à agir ainsi, cela ne peut que contribuer à rééquilibrer un peu le discours politique. Par ailleurs, on ne peut que s’interroger sur le sens réel du mot “populisme” que les médias jettent à la face de quiconque ne parle pas comme eux. Si le populisme consiste à satisfaire les requêtes du peuple, on ne voit pas bien ce qu’il y aurait de répréhensible à cela – à plus forte raison, dans un régime politique qui proclame que la source de toute légitimité se trouve dans le peuple… Mais, il est à craindre que, sous la plume des journalistes, “populisme” signifie autre chose, une doctrine vague et mouvante, dont le cœur serait de flatter les peurs et les bas instincts du peuple pour de vils intérêts politiques. Or, à nouveau, on voit mal comment la critique de ce type de pratique serait compatible avec la démocratie. Qui, en effet, est habilité à dire que telle peur du peuple est illégitime? Bref, que Nicolas Sarkozy tienne un discours de droite, et un discours à l’écoute des attentes du peuple, personne ne devrait s’en plaindre. Même les hommes de gauche devraient se réjouir d’un retour du débat politique – qui présuppose une claire définition du clivage droite-gauche, à laquelle Sarkozy contribue grandement ces derniers temps. Mais, on ne peut s’empêcher de craindre le poids disproportionné qu’ont pris dans le débat politique des élites autoproclamées, comme celles qui pontifient dans les médias français. Ces intellectuels, qui prétendent savoir mieux que le peuple ce qu’il demande, sont les principaux responsables des fréquents et cinglants désaveux que la classe politique a subi depuis 2002. En sommant Nicolas Sarkozy de rentrer dans le rang, sous peine d’être assimilé bientôt au grand Satan lepéniste, la presse française prend une lourde responsabilité politique. Souhaitons que le président de l’UMP ne se rende pas à ces sommations…
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