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Nicolas Sarkozy peut-il être notre Guillaume Tell ?


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Dumait Alain - mercredi 04 mai 2011

sarkozy, 2012
Le site de l’Élysée vient de mettre en ligne un document intitulé « 4 ans d’action, mai 2007-mai 2011 ». « Il s’agit de présenter – selon la présidence de la République – une photographie aussi exacte que possible de l’action du Président de la Répu­blique et du gouvernement, de présenter des faits et uniquement des faits au jugement des Français ».

C’est ce qui mérite d’être discuté.

On est d’abord surpris que cet opus de 75 pages commence par une référence à la crise financière de 2008.

On entend, comme en sourdine, que la thèse qui sous-tend et qui court tout au long de ce document est la suivante : dès son élection, Nicolas Sarkozy a mis en œuvre les réformes pour lesquelles il avait pris des engagements à l’occasion de la campagne électorale l’ayant conduit à la tête de l’État. La crise financière a porté un rude coup à l’économie. Il a fallu « protéger » les Français. Du coup, l’action du gouvernement n’est pas encore arrivée à son terme. Mais elle est en bonne voie…

On fera respectueusement quelques observations :

Sur l’impact de la crise. Celui-ci a été très différent d’un pays à l’autre. La France, en termes de croissance du PIB, a fait moins bien en 2010, non seulement que l’Allemagne, mais aussi que la Suisse, les pays de l’Europe du Nord, la Pologne, et même que la moyenne des pays de l’Union européenne. L’Australie, le Canada, les États-Unis ont fait deux fois mieux… L’impact a donc été variable et relatif.

Sur les causes de la crise. Le document de l’Élysée parle d’une « crise financière née aux États-Unis ». Ce qui n’est pas faux. Mais, pour autant, pouvons-nous considérer que les gouvernances de la France et de l’Europe n’ont aucune responsabilité dans cette crise ? Certaine­ment pas !

Cette crise est principalement le résultat d’un laxisme monétaire qui a fait, et fait encore, l’objet d’un quasi consensus de la plupart des gouvernements occidentaux. Quelques semaines avant le déclenchement de la crise, Nicolas Sarkozy croyait devoir houspiller le président de la Banque centrale européenne (BCE) parce qu’il n’abaissait pas suffisamment ses taux d’intérêt à court terme…

Cette crise a éclaté sur le terrain des crédits immobiliers dits « sub-prime », du fait de l’insolvabilité d’un grand nombre d’emprunteurs.

Est-il trop cruel de rappeler que Nicolas Sarkozy s’était dit lui-même grand admirateur d’un système où le crédit était déconnecté des revenus des emprunteurs ?

Donc, intellectuellement, Nicolas Sarkozy ne peut être que solidaire des responsables apparents, nominaux, de cette crise financière. Un peu comme les acteurs du nucléaire sont bien obligés de se sentir personnellement concernés par les drames de Tchernobyl ou de Fukushima. Ou devraient l’être…

Sur les caractéristiques communes des réformes accomplies.

Qu’il s’agisse de la réforme des 35 heures, de la fiscalité du patrimoine, de la taxe professionnelle, du financement des retraites, des collectivités locales, de l’Université, de l’organisation de la justice… on est frappé par le caractère timide, en tout cas jamais radical, des réformes en question. On dit qu’il faut abroger la funeste loi sur les 35 heures, qu’il faut supprimer l’ISF et abolir la taxe professionnelle, mais, en fait… on les garde ! Et du coup, on parle de simplification, sans arrêter de toujours complexifier !

Sur le calendrier des réformes.

Nicolas Sarkozy a repris de ses prédécesseurs l’idée selon laquelle le changement pouvait être mis en œuvre tout au long d’un quinquennat. C’est une illusion, basée sur une vue angélique de la démocratie représentative. La vérité est que, 100 jours après son élection, un nouveau président de la République doit partager sa légitimité avec toutes sortes de groupes de pression oligarchiques qui, soit empêchent les réformes, soit, au minimum, obligent à en réduire la portée. Un chef de l’État, tel un nouveau Gulliver, n’est libre de chaînes que pendant une durée très limitée.

Aujourd’hui, seule la démocratie directe, telle qu’elle est prévue par les articles 6 et 14 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, telle qu’elle est pratiquée non seulement en Suisse, mais aussi aux États-Unis, en Allemagne ou en Italie, peut permettre de desserrer en France les freins aux changements et bousculer les forces des oligarchies ploutocratiques. La réforme est devenue impossible dans le cadre d’une stricte démocratie représentative.

Nicolas Sarkozy peut-il être (en 2012 ?) notre nouveau Guillaume Tell, ce héros suisse mythique qui donna l’indépendance et la démocratie directe à son pays ?


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