Artur du Plessis Laurent - mercredi 20 septembre 2006
L’éclatante visite de Nicolas Sarkozy aux États-Unis, en commémoration du 11 septembre, y a restauré une partie du prestige français. Numéro 2 - de facto - du gouvernement, favori de la droite dans les sondages pour 2007, et ami des USA, il fut très bien reçu.
Arrivé le 9 septembre, Nicolas Sarkozy séjourna d’abord à New York. Commençant par saluer les braves, il remit la Légion d’honneur au chef de la police new-yorkaise, Raymond Kelly, au consulat de France. Il décora aussi le corps des pompiers de New York, dans la caserne de Manhattan, qui a payé le plus lourd tribut en vies humaines au 11 septembre. Et puis, Nicolas Sarkozy parla aux élites américaines. À Washington, il dit, devant un aréopage de la Fondation franco-américaine : « Je suis convaincu que nos relations souffrent de trop d’incompréhensions causées par un manque de dialogue et parfois, par un poil de mauvaise foi. Je veux que nous rebâtissions la relation transatlantique ».
Il évoqua la crise franco-américaine de 2003, liée à l’Irak : la plus grave depuis celle de 1966, où les forces américaines quittèrent les bases de l’Otan en France, par la volonté de De Gaulle. Il critiqua la menace de veto brandie - avec l’accord de Jacques Chirac - par Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères. « Je crois que nous commençons à surmonter cette crise. Mais il est juste de dire qu’elle a provoqué une réapparition, dans chacun de nos pays, de beaucoup d’idées fausses colportées sur nos deux peuples ». Nicolas Sarkozy insista : « Mon attachement à la relation avec les États-Unis est connu, il me vaut parfois des critiques en France. Je ne suis pas lâche [...] je suis fier de cette amitié […] je la revendique ». Pour ce qui est de la crise iranienne, il faut « laisser toutes les options ouvertes » et « faire preuve de la plus grande fermeté et de la plus grande unité ». Nicolas Sarkozy déjeuna avec le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, Michael Chertoff, et rencontra, plus tard, la secrétaire d’État Condoleezza Rice, pour parler du terrorisme.
L’un des moments forts de son escapade américaine fut sa rencontre avec George Bush, à l’occasion d’un rendez-vous avec le Conseiller à la sécurité nationale, Stephen Hadley, à la Maison Blanche. L’échange entre les trois hommes, d’une bonne demi-heure, fut puissamment médiatisé par la Maison Blanche. La tournée américaine de Nicolas Sarkozy n’eût pas été complète sans des entrevues avec deux influents sénateurs, le républicain John McCain, populaire candidat potentiel à la présidentielle de 2008, et le démocrate Barack Obama, seul Noir à siéger au Sénat. Et, bien sûr, Kofi Annan, le secrétaire général des Nations Unies.
Ce périple a provoqué une levée de boucliers en France. Henri Emmanuelli a accusé Nicolas Sarkozy de s’être « couché comme un chiot devant son maître », qui serait le président américain. Cette image du chien fut reprise par Laurent Fabius, au congrès du PS à Lens, le 16 septembre : il ne faut pas, à la tête de la France, « quelqu’un qui se fixe comme programme d’être le futur caniche du président des États-Unis ». La polémique sur les rapports franco-américains a surgi au cœur de la campagne présidentielle. Elle a précédé la visite de Jacques Chirac à l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, cette semaine.
L’électoralisme stimule les imprécations antiaméricaines, à la grande joie des islamistes, qui veulent élargir le fossé entre l’Europe et les États-Unis, afin d’affaiblir le camp occidental. Nombreux sont les politiques français, et européens, qui « se couchent », eux, devant l’islamisme. L’Europe se transforme en « Eurabia », un appendice culturel et politique arabo-musulman, sous l’impulsion institutionnelle du « Dialogue Euro-Arabe », développé par les politiciens et les intellectuels européens et arabes depuis trente ans. L’antichristianisme, l’antioccidentalisme, l’antiaméricanisme, l’antisémitisme, en sont les traits dominants, comme l’explique une spécialiste de l’islam au renom international, Bat Ye’or, dans « Eurabia, the Euro-Arab Axis », Fairleigh Dickinson University Press (2005), traduit en français par les éditions Jean-Cyrille Godefroy.
Élément positif dans ce sombre tableau : depuis le 11 septembre 2001, Français et Américains coopèrent étroitement dans la lutte contre le terrorisme islamique. Cette collaboration - intense dans le renseignement - ne fut pas entravée par la crise de 2003. La base aérienne française de Djibouti abrite des drones américains, qui repèrent et attaquent des terroristes d’Al-Qaida dans la région. Militaires français et américains combattent ensemble les talibans, en Afghanistan.
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