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Nicolas Sarkozy refuse tout classement idéologique


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Dumait Alain - dimanche 05 décembre 2004


N’étant pas allé au Bourget, dimanche dernier, pour assister au congrès de l’UMP, j’ai pris la peine lundi matin de lire intégralement le discours de Nicolas Sarkozy. Franchement, je ne l’ai pas trouvé très bon…
Je remarque tout d’abord que cet homme, qui, à plusieurs reprises, n’a pas hésité à se dire « de droite », n’a cette fois fait aucune référence au clivage droite/gauche. Bien sûr, il a dénoncé « la pensée unique socialiste » et « la gauche qui n‘a rien fait contre le chômage », mais a aucun moment il ne s’est placé dans la perspective d’un affrontement idéologique clair de la droite contre la gauche.
Certains considéreront qu’il s’agit là d’un nominalisme excessif. Nous ne le pensons pas. Car pour notre part nous avons adopté une définition essentiellement nominaliste du clivage droite/gauche. Nous tenons pour un homme de droite toute personne qui se dit elle-même de droite et pour un homme de gauche toute personne se disant elle-même de gauche. Quant à ceux qui refusent de s’inscrire dans ce clivage - au nom d’une dichotomie simplificatrice à l’excès - nous pouvons les comprendre, bien sûr, mais nous soutenons qu’ils se trompent, en tout cas du point de vue de l’efficacité du combat politique.
C’est au nom de ce primat du clivage droite/gauche que nous nous avons toujours défendu, dans ces colonnes, ce qu’on pourrait appeler « la préférence à droite », à savoir, au moins, qu’en situation de deuxième tour, les électeurs de l’UMP, quand leur candidat a été éliminé au premier tour, doivent être appelés à se reporter sur un candidat du Front National (s’il y en a un, ou tout autre candidat de droite) plutôt que sur un candidat de gauche. Ce point est tout à fait fondamental. Car ce sont des choix de cette nature, qui peuvent bien apparaître tactiques, qui structurent en fait la vie politique française, bien davantage que le contenu des programmes électoraux. Ce n’est pas tant par le contenu de son action que Jacques Chirac a positionné son parti au centre-gauche, c’est plutôt en diabolisant dès 1983 le FN au point de refuser tout accord avec lui, même à plan local ; c’est en ostracisant en 1999 les présidents de régions ayant accepté les voix d’élus du FN ; puis, en 2002, en acceptant les voix des socialistes et des communistes tout en refusant de débattre avec son adversaire Jean-Marie Le Pen.
Nous ne nous attendions pas à ce que le nouveau président de l’UMP nous éclaire sur ce point dès dimanche dernier. Mais le fait qu’il ait cru devoir gommer toute référence à la droite n’est pas d’un bon présage…
On objectera qu’aux États-Unis les candidats ne se placent pas sur un tel clivage droite/gauche. Mais là-bas il y a d’une part le bipartisme. Et comme on vient de la voir, un clivage clair sur les valeurs morales, sans ambiguïté possible. Nicolas Sarkozy ne s’est dit ni « de droite », ni « conservateur », ni d’ailleurs adepte d’aucune valeur qui aurait pu clairement le faire classer dans un camp ou dans l’autre.
Pour le reste, son discours est à l’image du bonhomme : il reflète un simple opportunisme, largement fonction des convenances médiatiques, sans rupture d’aucune sorte avec les illusions dont la gauche et la fausse droite ont entretenu l’opinion publique depuis trente ans. Et sur les rares points où il pense judicieux de se démarquer du Président de la République, c’est souvent dans un sens plus regrettable que remarquable… (voir l’article d’Alain Laurent page 3)
Sauf sur un point : la remise en cause des 35 heures. Mais la façon dont il a négocié avec la CGT pour obtenir la modification du statut d’EDF donne à penser que, sur ce sujet-là, il ne fera rien lui, lui non plus, sans l’accord préalable des syndicats.
C’est d’ailleurs une constante - typiquement gaulliste - dans son comportement d’homme politique : il entend toujours gouverner avec les forces qu’il trouve en place : le syndicat des impôts quand il est au Budget, les syndicats de policiers quand il est à l’intérieur, les imams barbus quand il est ministre des cultes, et les gros bras de la CGT quand il faut ouvrir le capital d’une entreprise publique en situation financière de dépôt de bilan…
Nous préférons Nicolas Sarkozy à Jacques Chirac ou à Alain Juppé parce qu’avec ces deux derniers nous savons à quoi nous en tenir, tandis qu’avec lui il y a encore une faible petite chance qu’il nous surprenne, favorablement…

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