Rouxel Jean - dimanche 23 janvier 2005
Nicolas Sarkozy n’en finit pas de surprendre les observateurs de la vie politique.
La plupart pensaient – et nous avec – qu’il faisait mine de briser les tabous, sans jamais le faire vraiment. Pourtant, il vient de le faire, avec talent, en abordant la question de l’immigration.
Il faut avouer que son statut est délicat, joignant les missions de chef du parti majoritaire et de principal challenger du Président. Par conséquent, tous les thèmes ne lui sont pas accessibles. Mais, comme la plupart des hommes politiques, Sarkozy a un flair impressionnant pour sentir le vent tourner et il est probable que le vent tourne actuellement sur le sujet de l’immigration, qui commence à agiter profondément les Français…
Ajoutons que la plupart des pays européens commencent à revenir de leur politique – ou plutôt de leur absence de politique – migratoire. Le thème de l’immigration par quotas (professionnels ou par pays) est donc très présent dans les débats politiques.
Notons d’ailleurs que ceux qui poussent des cris d’orfraie dans le débat politique français n’hésitent pas, dans les cénacles internationaux, à encourager cette mise en place de quotas. C’est le cas, par exemple, de Dominique Strauss-Kahn, qui rédigea naguère un rapport pour Romano Prodi, alors président de la Commission européenne, recommandant la mise en place de quotas migratoires…
Il convient donc de remettre les choses en perspective : il n’y a rien de révolutionnaire à évoquer ces quotas, d’autant plus qu’ils existent dans un certain nombre de pays occidentaux.
Mais, pour le débat politique français, cette prise de position de Nicolas Sarkozy est de première importance. Enfin, un homme politique dirigeant un « parti de gouvernement » déclare publiquement que l’immigration ne doit pas seulement apporter satisfaction aux immigrés, mais également au pays d’accueil. Ce n’est pas rien.
Il reste encore à reconnaître la différence essentielle entre immigration de travail et immigration de peuplement – et, par conséquent, il faut pouvoir revenir sur le regroupement familial.
Il reste également à reconnaître qu’il existe des pompes aspirantes pour l’immigration, légale ou clandestine : les aides sociales. Et il faut donc avoir le courage de réserver ces prestations aux personnes qui travaillent sur le territoire français.
Bref, le tabou de l’immigration en France demeure largement en place. Mais, les déclarations de Nicolas Sarkozy sont un premier pas pour le lever…
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