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Nicolas Sarkozy, un nouvel élan pour la France


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Milliere Guy - mardi 22 mai 2007

sarkozy, koucher, liberte
Me situant sur le terrain de la réflexion et du moyen terme, j’ai préféré attendre quelques jours avant de réagir à l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. J’ai préféré écouter les discours du jour de l’intronisation et voir la composition du gouvernement. Je ne le cacherai pas, malgré quelques réserves : je suis favorablement impressionné, et je suis prêt à accorder ma confiance. Je suis même prêt à apporter ma contribution à l’édifice.

Je ne change rien à mes analyses de la crise profonde dans laquelle la France est plongée. Je continue à douter de la possibilité de redresser la situation. Mais j’ai repris la présidence de l’Institut Turgot pour montrer aussi, malgré mes doutes, que je ne baissais pas les bras, et que je ne rejoignais pas immédiatement le flot de ceux qui quittent la France comme on abandonne un navire en perdition. Un think tank au service de la liberté ne peut qu’être disponible dans les circonstances actuelles, et Turgot est disponible et continuera à proposer.
Sarkozy, me dira-t-on, n’est pas libéral, ou il l’est insuffisamment. Ne considérant pas le libéralisme comme un dogme, mais comme l’affirmation de la primauté du droit des êtres humains, de la liberté de parole et d’entreprendre, je dis néanmoins que Sarkozy est, pour le moment, le Président qui s’est montré, globalement, le plus proche des valeurs libérales depuis longtemps, et, à mes yeux, et jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas rien.

S’il parvient à réhabiliter le travail et l’entreprise, à baisser les charges, à briser le carcan des trente-cinq heures, et à diminuer significativement le poids de la fiscalité et du réglementarisme en ce pays, ce sera déjà un ensemble de pas immenses.
Resteront, bien sûr, les dimensions colbertistes et protectionnistes du projet d’ensemble proposé, mais je pense que Sarkozy est pragmatique et sera prêt à changer tel ou tel point s’il s’aperçoit qu’il se trompe.

Et je pense que le pragmatisme de Sarkozy va de pair avec un vrai désir d’accomplir : Sarkozy est orgueilleux, ce qui est une qualité à mes yeux, et il ne sera, à la différence de son prédécesseur, pas homme à laisser derrière lui le souvenir d’une médiocrité aux parfums moisis.
On doit comprendre aussi que, pour pouvoir agir, Sarkozy devait d’abord être élu et que, parlant à un pays vieillissant, perdant ses repères et ses certitudes, il ne pouvait parler comme s’il s’adressait à un pays jeune et imprégné de confiance en l’avenir. Sarkozy est élu, et je suis certain qu’il sait que, pour réussir, il devra aller plus loin, bien plus loin qu’il ne l’a dit.

L’intronisation du 15 mai 2007 avait, en tout cas, toutes les apparences d’un nouvel élan et d’une impulsion neuve. Avoir ancré de nouveau l’identité de la France dans les idéaux de liberté et de résistance à l’oppression et à la collaboration était un geste très significatif et fort.
La nomination de Bernard Kouchner (pour qui j’ai de l’estime) au ministère des Affaires étrangères est elle-même un geste d’une grande portée, et, avant même les décisions censées émanciper l’économie française, on peut voir là une façon éclatante de tourner le dos aux compromis fangeux, à la politique arabe de la France, aux pathologies anti-américaines et pro palestiniennes.

Par Sarkozy et Kouchner, la France va réaffirmer ses valeurs communes avec les États-Unis d’Amérique, avec Israël, avec ce que l’Occident a de plus fécond, elle va rompre avec le cynisme répugnant de la realpolitik. Je ne doute pas que dans quelques mois, la France sera à nouveau en synergie avec l’Otan, qu’avec la proposition de texte minimal discutée avec Angela Merkel, le projet d’Europe politique sera enterré au profit d’une vision plus thatchérienne de l’Union, et que le gouvernement français comprendra les enjeux, décisifs, de ce qui se joue en Iran et en Irak.

Ma plus grande réserve vis-à-vis de ce qui se dessine tient à la mise en avant par Sarkozy d’un environnementalisme à la Nicolas Hulot. Je m’interroge aussi sur le discours tenu sur la Turquie.

Je crains que la nomenklatura d’énarques qui peuple les ministères ne vienne réenclencher dès que possible ce que Milton Friedman appelait la tyrannie du statu quo.

Mais pour l’heure, je préfère regarder ce qui va dans la bonne direction.

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