Milliere Guy - dimanche 10 juillet 2005
Parmi les ouvrages à lire ou à relire en cette triste période, il y a, je l’ai dit voici peu, ceux de Pascal Salin, de Jacques Garello, d’Yves Roucaute. Il y a ceux de Friedrich Hayek et de Karl Popper et d’autres encore… L’extrême-gauche s’est pensée victorieuse le 29 mai. On a beaucoup vu Olivier Besancenot, le gentil trotskyste, Arlette Laguiller et Alain Krivine, ses ancêtres blanchis sous le harnais du crétinisme dogmatique. On a vu aussi José Bové, l’Astérix abruti de l’irréductible et crépusculaire village gaulois qui croit encore à l’altermondialisme. On a même vu, du côté d’Emmanuelli, de Mélenchon et de Ducon, les gens d’Attac. D’ailleurs, même le Premier ministre nommé par son altesse Jacques semble, dans les instants de semi-lucidité où il ne se prend pas pour Napoléon, se prendre pour un membre d’Attac. C’est dire que le petit livre de Jacques de Guénin, « Attac ou l’intoxication des gens de bonne volonté » (Institut Charles Coquelin, 2004, 192 pages, 19 euros – commandes : < edschcoq@noos.fr >), trouve plus que jamais actualité et pertinence. Jacques de Guénin parle en économiste. Il parle aussi en entrepreneur : cela lui donne une clarté de langage, une relation au concret et un sens des réalités que ses adversaires n’ont pas, en général, eux qui ne connaissent souvent de l’entreprise que ce qu’ils ont lu dans des livres aigres et qui, comme leur maître à (ne pas) penser, Karl Marx, n’ont jamais travaillé de leur vie et ont toujours vécu aux crochets de leurs concitoyens productifs, eux qui n’ont jamais quitté l’université ou ne l’ont fait que pour rejoindre le syndicalisme ou la politique politicienne. En onze chapitres précis et implacables, Jacques de Guénin explique pourquoi la taxe Tobin, non seulement est inapplicable et n’a aucun sens, mais encore était considérée par James Tobin lui-même comme inapplicable. Il dit pourquoi « l’essentiel des mouvements de devises dans le monde résulte de transactions normales ». Il expose ce qu’est la mondialisation et pourquoi celle-ci ne peut qu’être libérale. Il explicite le rôle de la Banque mondiale et celui du FMI. Il montre pourquoi les aides d’État à État envers les pays pauvres ont toujours tourné au désastre, et pourquoi seuls le libre échange et l’esprit d’entreprise sont susceptibles de permettre le passage à la prospérité : une augmentation de 5% des exportations mondiales des pays en développement, note-t-il en citant l’Oxfam, suffirait à générer « sept fois plus d’argent que les aides reçues ». Face à la diabolisation des multinationales, il note : « si une multinationale développe une activité nouvelle dans un pays, elle le fera toujours de manière beaucoup plus efficace qu’un gouvernement local utilisant l’aide étrangère, pour la simple raison que c’est son propre argent qu’elle investit ». Il explicite ce que sont les OGM et leurs bienfaits, et pourquoi l’action débile d’adeptes de toutes les superstitions ont fait prendre à la France en ce domaine un retard grave, peut-être irrattrapable. Il s’en prend, bien sûr, à l’étatolâtrie française , et note que « les plus grandes catastrophes écologiques sont dues aux États » et que « ces catastrophes sont d’autant plus grandes que les États sont plus interventionnistes ». En quelques paragraphes définitifs, il montre ce qu’il faut penser des systèmes de santé et de retraite français et de la faillite qui les guette, du caractère proprement catastrophique de l’interventionnisme dans le domaine de la culture. Il termine en exposant les bienfaits et la fécondité du libéralisme : en somme, ce que chacun sait dans les pays encore dynamiques, mais ce que tout le monde tend à ignorer en France. Le livre de Jacques de Guénin devrait être entre toutes les mains. Il devrait être au programme de tous les élèves de terminale. Il devrait être sur tous les pupitres de l’Assemblée nationale. C’est un signe des temps lamentables où nous vivons, qu’il n’existe que par le courage d’un autre homme remarquable, Philippe Nataf, chez qui le livre peut être commandé. Je n’aurais, au fond qu’un reproche à faire à Jacques de Guénin: être trop gentil et penser que ses adversaires sont empreints de bonne volonté. Je ne discerne chez eux, pour ce qui me concerne, que mauvaise foi et volonté de tromper et de détruire.
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