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Non, toutes les civilisations ne se valent pas !


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Thieulloy (de) Guillaume - mardi 07 février 2012


Depuis quelques jours, le microcosme politico-médiatique ne bruisse que des réactions vertueuses des bonnes consciences morales.
Samedi 4 février, rencontrant des étudiants de l’UNI (un syndicat étudiant proche de l’UMP), le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, a déclaré : « Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. »

Eh bien, croyez-le ou non, cette déclaration, qui devrait être d’une remarquable banalité, a été instantanément dénoncée par toute la gauche médiatique, politique, et associative.

Précisons que le ministre avait pourtant bien pris soin de faire une déclaration conforme aux fameuses (et indéfinies) « valeurs républicaines » : « [Les civilisations] qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique. »

Pour ma modeste part, je n’aurais pas classé les civilisations selon leur degré d’acceptation de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.
Car, à ce compte, il faudrait affirmer que la France de la Ve République est une civilisation plus haute que celle du XVIIe siècle. Et on aura quelques difficultés à me faire croire que la pyramide du Louvre vaut mieux que le château de Versailles, que Harlem Désir est un meilleur moraliste que La Fontaine, ou que Rodrigo Garcia surpasse Racine… Et je préfère ne pas comparer les personnels politiques des deux époques, mais je doute que Vauban, Colbert ou Louvois soient écrasés par la comparaison !

Une civilisation se juge à l’art, à la pensée, qu’elle produit. Et aussi aux dévouements, aux sacrifices, qu’elle peut susciter. Dans les deux cas, la comparaison n’est pas franchement à notre avantage.

Il reste cependant, au moins, un point sur lequel il est évident que Claude Guéant a raison : toutes les civilisations ne se valent pas.
Pourtant, cette phrase a valu à son auteur une volée de bois vert, dont il faut citer quelques spécimens pour comprendre dans quel monde de fous nous vivons. Harlem Désir, ancien président de SOS Racisme (et, comme tel, moraliste en chef de notre bel aujourd’hui), a évoqué « la provocation pitoyable d’un ministre réduit à rabatteur de voix FN ». SOS Racisme a déclaré « espérer un démenti urgent » (ce qui, dans le langage de la secte qui détient le pouvoir culturel en France, veut dire qu’on exigeait du ministre qu’il vienne à Canossa). Claude Bartolone a, quant à lui, élevé l’exigence : « Tous les Français attachés aux valeurs républicaines attendent maintenant un signe : Nicolas Sarkozy doit impérativement rappeler à l’ordre son ministre. » (Je ne dois, décidément, pas être très attaché aux valeurs républicaines, car cette exigence m’avait complètement échappé !)

Quant à Ségolène Royal, elle a dénoncé « des propos obscurantistes et dangereux, parce que, derrière le choc des civilisations, il y a la guerre »
. Rien que ça ! On voit mal le rapport entre les propos de Guéant et la théorie d’Huntington (qui, d’ailleurs, n’appelle nullement la guerre). Mais il y a fort à parier que les lecteurs de la « grosse presse » retiennent ceci : Guéant a parlé de civilisation ; donc il acquiesce au « choc des civilisations » ; donc il veut aller bombarder les pays islamiques. Comme on le voit, le débat public est d’une stupéfiante subtilité !
Je ne suis pas spécialement admirateur de Jaurès, de Blum ou de Mitterrand. Mais, enfin, il faut dire que leurs successeurs ont réussi le tour de force de les faire regretter !

En dehors de cette tempête médiatique dans un verre d’eau, je retiens surtout de cette affaire un point gravissime : il semble qu’il soit interdit, par la bien-pensance contemporaine, d’établir une quelconque hiérarchie entre les civilisations. Fût-ce une hiérarchie « républicaine ».

C’est évidemment aller au bout de la logique de la non-discrimination, que nous avons si souvent dénoncée dans ces colonnes. Et c’est évidemment suicidaire : si nous n’aimons pas notre propre civilisation, de préférence à toutes les autres, comment pourrons-nous la faire aimer aux dix ou quinze millions d’hommes récemment arrivés chez nous ?

Disons aussi que l’amalgame implicite que fait la gauche entre cette hiérarchie des civilisations et du racisme est grotesque. Et, d’ailleurs, profondément raciste, puisque cela implique que les étrangers ne peuvent adopter nos valeurs, ni aimer notre art.
Je ne sais pas comment va tourner la campagne présidentielle, mais, si la gauche choisit aussi manifestement le camp de l’anti-France, elle aura peut-être quelques difficultés à séduire les Français !

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